LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Des partisanes prient pour Donald Trump, pour protester contre le dépouillement des votes pour l'élection générale le 6/11/2020 à Détroit

L’Amérique est-elle vraiment un grand pays religieux ?

4 min

Jamais la question de la religiosité de l’Amérique n’a été plus clairement posée que pendant le mandat de Trump. Mais ce qu'elle aurait de vraiment religieux, est-ce que ça pourrait être au final sa croyance envers la solidité de ses institutions ?

Des partisanes prient pour Donald Trump, pour protester contre le dépouillement des votes pour l'élection générale le 6/11/2020 à Détroit
Des partisanes prient pour Donald Trump, pour protester contre le dépouillement des votes pour l'élection générale le 6/11/2020 à Détroit Crédits : JEFF KOWALSKY - AFP

En réalité, du strict point de vue démographique, le sentiment religieux est là-bas en déclin. Mais le strict point de vue démographique, en matière religieuse, n’a jamais signifié grand chose — ou bien nous n’aurions pas autant peur de l’Islam en France. 

La cloche cassée de Philadelphie

Plus décisive est cette remarque de Tocqueville selon laquelle la religiosité de l’Amérique ne s’exprime pas tant dans son rapport à sa pureté originelle que dans sa certitude que tous ses péchés sont rémissibles.
Le fondamentalisme américain ne s’exprime ainsi pas seulement dans le culte rendu à la constitution de pères fondateurs  : ce sont aussi ses amendements que l’on chérit.

Et l’un des principal objet matériel auquel la démocratie américaine rend un culte, la cloche de Liberté de Philadelphie, qui aurait retentit pour fêter la déclaration d’indépendance, est un objet cassé : une longue fêlure la parcourt presque en entier.
Les tables de la loi américaine ont ainsi quelque chose de brisé et il n’est au fond pas anormal qu’on ait dressé devant Wall Street un gigantesque veau d’or...

Le culte de l’argent aurait corrompu la pureté des institutions américaines ? D’une certain façon. Etant entendu que cette pureté est le mythe que ce sont donné un groupe de contribuables en colère, et que l’Amérique est la conséquence, un peu extravagante, d’un ras le bol fiscal.
Cela pourrait-être ça, son péché originelle, la fissure dans la Liberty Bell.
Mais cela reste fascinant qu’un pays se donne pour symbole quelque chose de cassé.

Elle n’était pas si délirante, avec le recul, l’élection de Donald Trump, en 2016 : ce n’était que l’un des plus grands pécheurs d’Amérique, il fallait bien trouver ce qu’on allait pouvait faire de lui. L’histoire, pour une fois, s’est montrée particulièrement imaginative.
On relira un jour, j’en suis certain, l’élection de Trump comme une forme particulièrement raffinée de messianisme : aucune âme n’est assez grande pour échapper à l’onction démocratique, mais aucune démocratie n’est assez grande pour supporter vraiment la présence d’une âme. 

L’âme de Donald Trump

Jamais la question de la religiosité de l’Amérique n’a été plus clairement posée que pendant le mandat de Trump. Au sens où Léon Bloy considérait Napoléon, le grand dévorateur d’homme et l’âme la plus problématique de toute l’histoire — presque le Christ des modernes — comme le principal stress test de son christianisme : en essayant, dans L’âme de Napoléon, d’intégrer Napoléon à l’histoire providentielle, ce n’était pas l’empereur, que Bloy essayait de sauver, mais le christianisme tout entier. Etait-il seulement capable de rendre compte d’une telle extravagance spirituelle ? Ce personnage pré-dostoïevskien était-il encore lisible à travers le crible des évangiles ? 

Cela ressemble beaucoup à l’interminable et difficile question qui, durant quatre ans, a été adressée par Trump aux institutions américaine : allaient-elle tenir ou se fendre comme la cloche de la Liberté ?
La réponse est maintenant connue : elle ont tenu, et c’est le président défait qui est resté anormalement silencieux, comme une cloche cassée.
Mais il fait déjà partie, après Nixon, de ces reliques compliquées que l’Amérique s'enorgueillit de conserver — sous la forme d’un dragon vaincu pour les uns, sous celle d’un prophète pour les autres.
Comme si tout ce qu’on a reproché à Trump relevait en dernier lieu de l'histoire providentielle des institutions américaines.

Ce que l’Amérique aurait donc de vraiment religieux, c’est cette croyance envers la solidité de ses institutions ?
Et cela fait de l’Amérique une hérésie passionnante : le seul lieu au monde où la Bible prête serment sur le président élu. 

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......