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La galaxie d'Andromède

À quoi sert l’espace ?

3 min

Aurélien Bellanger déteste regarder de la SF en se disant qu'il s'agît là de métaphores de notre monde. Mais la série "The expanse", dans ses meilleurs moments, lui provoque la sensation inverse : y apercevoir vraiment le futur de notre monde. Réflexions astrales au coeur d'un space opera...

La galaxie d'Andromède
La galaxie d'Andromède Crédits : MARK GARLICK/SCIENCE PHOTO LIBRARY - Getty

À quoi sert l’espace ?À y tourner des space opera.
Je suis justement en train d’en regarder un, de space opera : la série The Expanse.
Ça faisait des années que je n'avais pas regardé de série, et la science-fiction était un genre que j’avais un peu laissé tombé.
J’étais ainsi tout excité par ce que je voyais. Malgré les habituels défauts du genre, des dialogues beaucoup trop longs de tous les personnages sur leur cas de conscience, à cette habituelle sous-intrigue spatiale qui se répète à peu près à chaque épisode : le sas est fermé, il faut qu’on trouve un moyen de le débloquer. Pookie.
Mais l’intrigue principale m’a séduit, et même un peu plus que cela. On est dans à peu près deux siècles, et la colonisation du système solaire est bien avancée. Et je pense que la série tient sa force de ce qu’elle arrive à dérouler l’intrigue exacte rendue possible par la configuration spatiale du sytème solaire.
Les scénariste nous donnent vraiment l’impression d’avancer entre les orbites des planètes comme on crochèterait une serrure : c’est ce mouvement fin du poignet et des doigts, cette façon de conduire le Roci, le vaisseau principal, de planètes en astéroïdes, qui conduira à débloquer l’intrigue enfouie dans les étoiles. 

La colonisation du système solairea quelque chose d’aussi déterminé que la géographie. L’histoire peut être le chaos que l’on veut, quelques fondamentaux en ont dessiné par avance les grandes lignes : si De la démocratie en Amérique fonctionne autant, comme récit prophétique, c’est sans doute en raison du soin que met Tocqueville à examiner la géographie du continent, comme on examine les lignes d’une main.
Que Mars deviennent indépendante, et prenne la forme d’une Sparte guerrière me paraît ainsi relativement inévitable, comme le fait que la Terre sombre dans une relative indolence — un engourdissement provoqué par la surabondance de l’oxygène. De même, que la ceinture d’astéroïdes soit un repère de pirates et de contrebandiers qui tentent de s’unir en nation, pour que cesse l’exploitation de leurs ressources par la Terre et par Mars, cela me semble procéder d’une belle évidence narrative.

Je déteste regarder de la SF en me disant que c’est une métaphore de notre monde : je ne vois pas l’interêt, ni artistique, ni politique, de bâtir des arcs narratifs immenses pour le seul plaisir masochiste de se prendre la corde dans le visage. The expanse arrive, dans ses meilleurs moments, à me provoquer la sensation inverse : j’arrive à y voir vraiment le futur de notre monde. 

Résurrection de l'astrologie par la conquête spatiale

L’espace jouerait alors le rôle d’une frise chronologique, mais une frise un peu truquée, voire prophétique —mais comme l’était déjà le Mississipi chez Tocqueville : il y a des événements fantômes, des points d’espace à activer, pour passer à la suite.
La Lune n’était que la première porte et Mars la seconde. On pourrait dire que c’est là une vision étroitement déterministe, et un peu plate du grand récit de la conquête spatiale.
Sauf que la frise chronologique s’effiloche depuis l’origine, comme dans ces superbes visualisations des toutes les missions spatiales successives que l’humanité a lancé depuis Spoutnik jusqu’à Voyager, en passant par les missions Appolo et Rosetta : l’évidence chronologique semble perdue dans le ciel à la Van Gogh que toutes ces orbites entremêlés dessinent.
Et on se mettrait presque à donner raison à l’un des grands perdants de l’histoire de l’espace : au Descartes de la théorie oubliée des tourbillons. Invalidée par la physique, cette théorie aura été in fine sauvée par l’histoire.
Quant à l’histoire, elle aura été sauvée d’elle-même par la géographie du ciel : secrètement influencée pour accomplir un ordre secret. 

Et voilà, donc, à la fin, à quoi sert l’espace : à rendre vraie une science maudite, celle des dispositions de la géographie stellaire — une science qu’on a longtemps appelée : l’astrologie. 

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