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La crise du covid est-elle une crise de la méthode scientifique ?

La crise du covid est-elle une crise de la méthode scientifique ?

4 min

Il s’en est fallu de peu, ou de beaucoup, pour que Didier Raoult remporte le prix Nobel de médecine.

La crise du covid est-elle une crise de la méthode scientifique ?
La crise du covid est-elle une crise de la méthode scientifique ? Crédits : Malte Mueller - Getty

Il s’en est fallu de peu, ou de beaucoup, pour que Didier Raoult remporte le prix Nobel de médecine.
Il aurait suffit que l’hydroxychloroquine soigne la Covid, et c’était réglé. On aurait eu, après Ambroise Paré, Claude Bernard et Louis Pasteur, un nouveau génie français de la médecine. 

Je suis comme tout le monde, j’ai beaucoup observé Didier Raoult, j’ai été fasciné par lui. Par son aplomb, et sa déveine. Car je pense sincèrement que ce n’est pas passé à grand chose.

Imaginez Pasteur confronté à la génération spontanée. Le même Pasteur. Arrogant et génial. En butte à l'opposition de la médecine de son temps. Solitaire, colérique, obstiné. Le Pasteur qu’on connaît, sauf que rien ne se passerait comme prévu dans ses boîtes de Petri. Les microbes refuseraient de s’y montrer. Ou bien dans des conditions telles que la seule hypothèse tenable serait celle de la génération spontanée. 

Didier Raoult : un Pasteur malchanceux ? 

C’est toute la cruauté de la méthode scientifique. Quelle que soit la splendeur de la théorie, arrive un moment où il faut faire faire tapis, s’en remettre aux résultats, hasardeux, chaotiques, de l’expérience. On aura beau hurler aussi fort qu’on voudra, ce sera l’expérience, avec sa petite voix, qui sera décisive. Le virus est le plus fin de nous tous. La raison humaine est condamnée, d’une certaine manière, à le poursuivre en vain. 

N’y a-t-il pas ici un risque subtil de relativisme ? C’est toute la difficulté. Didier Raoult se définit ainsi comme sceptique. Sceptique, a-t-on pu faire remarquer, jusqu’au climato-scepticisme. La confiance aveugle accordée aux faits, longtemps considérés comme le principal acquis de la méthode scientifique, tourne ainsi bizarrement. La méthode scientifique parait presque se rebeller contre elle-même.

La médecine est une chose trop sérieuse...

C’est ce que je me suis dit, l’autre soir, devant Cnews. J’ai pris le débat en cours, un débat qui opposait deux épidémiologistes quasiment sur le point d’en venir aux mains sur la question de la deuxième vague. Mais j’ai compris très vite que le débat avait déjà eu lieu, le matin ou l’après-midi. Et que j’étais devant un méta-débat. On avait, au centre, en image dans l’image, deux scientifiques qui débattaient. Et qui n’étaient d’accord sur rien. Alors qu’autour d’eux, sur le plateau du direct, dans la zone traditionnellement allouée à l’opinion et aux hurlements contradictoires, ça débattait à peine. Tout le monde était en tout cas d’accord sur un point : ces scientifiques sont insupportables. Ils voudraient ne pas être crus qu’ils ne s’y prendraient pas autrement … 

La scène m’a rappelé ces discussions mondaines infinies sur la valeur des différents généraux, dans Le temps retrouvé  : Proust nous montre bien comment une catégories de spécialistes, les militaires, se trouve au centre de toutes les discussions au moment même où leur art, l’art militaire, est en faillite totale, et que la guerre s’enlise inexorablement. 

On assisterait ainsi à la faillite de la science ? À celle d’un certain triomphalisme scientifique, sans doute. On était censé être entré dans l’ère de la big data et de la médecine algorithmique, et tout ce à quoi on assiste, c’est, en Angleterre, à un tragique mécompte du nombre de cas, à cause du mauvais remplissage d’un tableur Excel, en France, à une bataille d’ego sur fond de rivalité OM-PSG, et aux Etats-Unis à une étonnante corrida entre le président et un virus. 

La pandémie ne nous a pas rendus plus rationnels.
Sans doute car le laboratoire si calme où la science se fait d’habitude se confond, exceptionnellement, avec l’aire d’activité du virus : il n’y a, cette fois-ci, plus vraiment de laboratoire, et plus de méthode possible. L’espace où le virus se déploie, c’est l’espace public. Le virus se déploie ainsi en pleine polémique. En quelque sorte, l’épidémie est double : elle est autant mentale que physique. Et on ne sait plus si l’on doit espérer un vaccin ou redouter les antivaxs. 

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