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Ceci n'est pas Aurélien Bellanger, mais la joie que ce jeune homme ressent avec son vélo est peut-être la même (au début du récit en tout cas...)

Doit-on se méfier des faux-amis ?

4 min

Avec la langue anglaise, il y a le problème des faux-amis... et Aurélien Bellanger en a fait les frais : tout commence avec l'achat d'un vélo de type "gravel"... Alors quel faux-ami a fait dégringoler Aurélien de son ego-trip en VTT ? En voici le récit...

Ceci n'est pas Aurélien Bellanger, mais la joie que ce jeune homme ressent avec son vélo est peut-être la même (au début du récit en tout cas...)
Ceci n'est pas Aurélien Bellanger, mais la joie que ce jeune homme ressent avec son vélo est peut-être la même (au début du récit en tout cas...) Crédits : Britt Erlanson - Getty

Vous savez, les faux-amis, c’est une façon qu’ont les profs d’Anglais au collège de nous faire croire que cette langue est difficile, contre cette évidence que l’Anglais, c’est essentiellement du Français avec un accent.
Bon, disons à 40 %, merci Guillaume le Conquérant.
Mais comme les 60 % des mots qui restent, venus du vieux Saxon, sont quasi monosyllabiques, l’Anglais pourrait être résumé ainsi : c’est du Français avec beaucoup d’onomatopées. 

Le faux problème des faux-amis

C’est là que les pédagogues, vexés, ont introduit le concept de faux-amis : pas de correspondance bi-univoque entre les termes voisins ! Non, la library ne vend pas de livres, et toute la classe rigole.
Il y a un humour propre à l’apprentissage des langues qui m’a toujours un peu consterné.
Reste que j’ai été récemment victime d’un faux-ami particulièrement vicieux, qui m’a conduit, on va le voir, à porter le bonnet d’âne qu’on réservait autrefois aux cancres — la vengeance tardive de mes anciens profs d’Anglais.

Tout commence avec l’achat d’un vélo, cet automne. Un vélo de type de gravel.
Gravelle, comme la maladie ? Presque. Alerte faux-ami, mais pas tout à fait. Le faux-amis est ailleurs. Gravel avec un seul L, ce qui veut dire gravier, ou gravillon — et dont dérive bien le nom de la maladie, qu’on appelle aujourd’hui plutôt colique néphrétique, ou calcul rénal.

Calcul : voilà le faux ami ? Pas encore ! Ou plutôt, s’il y a un faux-ami ici, il ne pose pas de problème aux francophones, même si le mot calcul est plus souvent utilisé dans son sens mathématique que dans son acceptation physiologique.
Mais l’étymologie est bonne conseillère : le mot gravel désigne bien en anglais une petite pierre, un gravillon. Et un vélo de type gravel, pour faire simple, c’est un vélo de route avec des grosses roues de VTT. Pour le dire plus solennellement, c’est un pari sur l’échec possible du processus de civilisation : si les routes disparaissent, les gravels rouleront encore — il faut savoir que, contrairement au ressenti héliporté du Tour de France, le seul paysage qui intéresse vraiment le cycliste, c’est l’enrobé qu’il a sous les yeux. Et que mes principaux syndromes de Stendhal, je les ai connus sur des routes neuves, et belles à pleurer.

Le gravel, autrement dit, permet de relever un peu la tête et de passer à peu près partout : ma première sortie m’a ainsi conduit sur les chemins boueux de la forêt de Montmorency, autour du fort où la police nationale vient apparemment s’exercer au maniement de ses armes : l’ambiance était génialement apocalyptique, j’ai pu croire un instant que j’avais le même vélo que Mad Max. Bref, fin du bulletin de publi-information : le gravel est un vélo polyvalent.
Ce que j’ignorais et je que n’ai découvert qu’en regardant des vidéos de cyclistes boueux et extatiques, c’est que polyvalent se dit en anglais : versatile.

L'âne de Buridan

Le voilà donc, le faux-ami dont il fallait se méfier...
Ce mot, je l’ai pris pour moi. Mon vélo d’aventurier, soudain, avait quelque chose d’hésitant et de velléitaire.
Tout mon ego trip qui consistait à me faire pousser la moustache et à dire d’une voix virile que je roulais en gravel, tombait d’un coup à plat.
Nous étions devenus, mon vélo et moi, un centaure indécis et un peu misérable.
Pire qu’un centaure, un âne.
Le fameux âne de Buridan, bien sûr, celui qui se laissait, dans la légende médiévale, mourir de faim et de soif, car n’arrivant pas à choisir entre son avoine et son eau.
Et je me suis ainsi surpris à manquer à mon tour d’impetus ou d’élan vital quand, devant me rendre à une vingtaine kilomètres de Paris, j’ai hésité si longtemps entre toutes les offres de ce paradis multimodal qu’est la proche banlieue parisienne que j’ai fini par y aller bêtement à pied, succombant à une mystérieuse mélancolie des transports — ou accomplissant ma première sortie en gravel mental.

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