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Peut-on utiliser la politique comme un test d’intelligence ?

Peut-on utiliser la politique comme un test d’intelligence ?

4 min

Peut-on établir une corrélation dynamique entre intelligence et positionnement politique ?

Peut-on utiliser la politique comme un test d’intelligence ?
Peut-on utiliser la politique comme un test d’intelligence ? Crédits : Miguel Navarro - Getty

Plaisir coupable, j’ai regardé une partie de l'audition d’Edouard Philippe par la commission d'enquête du Sénat sur la gestion de la crise sanitaire. 

De l'intelligence en politique

Et je l’ai trouvé incroyablement bon. L’homme d’état, dans toute sa splendeur, sa splendeur calme et rationnelle.
De tous les dirigeants qui se sont succédés à la tête de la France, peu m’ont donné autant cette impression d’être des gens capables.
Edouard Philippe, clairement, avait été un premier ministre intelligent.
Il m’a fallu faire un effort pour me souvenir que je le détestais.

Je le déteste parce qu’il m’a obligé à découvrir mon jeu : je me croyais au-dessus de la mêlée, je n’étais que courroux et esprit partisan. Un jour, qu’il pensait à voix haute, il avait en effet déclaré qu’à son goût le versement des prestations sociales devrait faire l’objet d’une contrepartie. J’avais trouvé ça d’une injustice profonde et répugnante. Surtout qu’il le dise d’un air intelligent : quand même, qu’ils travaillent un peu, ces pauvres ! Alors repensant à mes différentes positions sur le spectre politique, et intellectuellement challengé par Edouard Philippe, j’ai tenté d’établir une corrélation dynamique entre intelligence et positionnement politique.

C’est un peu généalogique. D’abord, de même que les nourrissons sont des tyrans, les imbéciles sont d’extrême droite. Arrive l’adolescence, l’éveil du sens critique : cette poussée d’intelligence nous transforme en général en intellectuel critique, mais peut-être de façon trop massive. De là, nouveau sursaut d’intelligence : une vive détestation de la bien-pensance de gauche se produit chez les meilleurs élèves : quand j’avais 20 ans, les éléments les plus intelligents étaient des petits avocats du libéralisme, des Ze, comme on dit aujourd’hui sur twitter. Mais l’intelligence survit parfois à ces vingt ans, et on se retrouve, comme moi, se croyant libéral, mais dégouté soudain par une phrase d’Edouard Philippe. Et, alors qu’on adorait les milliardaires, parangons de la liberté, on analyse soudain leur fortune comme une spoliation massive du bien commun.
On redevient de gauche, hélas, pas très longtemps. A peine le temps de redécouvrir Marx qu’on est déjà secrètement séduit par les splendeurs de la grande pensée réactionnaire, par Leo Strauss, Edward Burke, Oswald Spenlger ou Eric Zemmour : on rêvait de renverser le capital, on finit par faire la guerre de civilisation : pourquoi renverser l’ordre des siècles, plutôt que celui des millénaires ? 

Les carrières politique comme test de QI

On finit donc tous de droite ? Non, car un nouveau rebondissement dialectique se produit : lassé de tous ces extrémismes, fatigué de ces renversements, on se barricade, adulte, dans ce qu’on appelle l’extrême-centre, le lieu du en même temps, la citadelle macroniste.
De là, c’est promis, on ne lâchera plus rien sur la liberté, mais on ne tombera plus dans cette facilité puérile qui consisterait à être seulement un libéral. On est si bien, là haut, ni trop à droite, ni trop à gauche, tout au fond du hamac régalien de la pensée complexe — cette courbe en cloche inversée du pouvoir, du pouvoir qui, parce qu’il est prétendument difficile à conquérir, passe pour le meilleur test de QI existant.

On ne peut donc pas vraiment utiliser la politique comme un test d’intelligence… À moins d’imaginer le président Macron, bête à concours ayant soudain viré cancre sublime, regardant lui aussi son ancien premier ministre repasser en boucle son grand oral à l’ENA sur Public Sénat, en complotant, distraitement, pour qu’il ne soit jamais reçu — et pour rester le seul génie de l’histoire.
Car l’intelligence n’est pas tant un état qu’un sport de combat. Et n’a de fait pas grand chose à voir avec la politique. Sinon qu’il arrive, de temps en temps, qu’un orgueilleux décide, plutôt que d’entrer dans les arts ou à l’université, lieu traditionnel de la bataille des cerveaux, de faire de la politique comme on remplit, sans trop y croire, les suites logiques d’un test de QI.

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