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Le sommeil est-il la drogue la plus puissante de toutes ?

Le sommeil est-il la drogue la plus puissante de toutes ?

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A première vue, le sommeil est une drogue un peu décevante, aux effets assez fades. Est-ce vraiment le cas ?

Le sommeil est-il la drogue la plus puissante de toutes ?
Le sommeil est-il la drogue la plus puissante de toutes ? Crédits : csa images - Getty

D’un autre côté, c’est probablement la première drogue qu’on a expérimentée : le pavot a d’abord été exploité pour ses vertus soporifiques.
Il y a de toute façon, dans la prise de drogue, un paradoxe : il n’est jamais certain qu’on se drogue vraiment.
Auquel cas le sommeil serait une drogue suffisante.

Drogues endogènes et drogues exogènes

Il n’y a pas de différence ontologique entre l’état de bien être qu’on obtient par exemple en courant, et celui qu’on s’administrerait artificiellement. L’endorphine est de la même famille que l’opium. Ce n’est pas la même substance, leurs effets ne sont pas identiques, mais ce par quoi ils diffèrent le plus, leur mode d’administration — l’unes des molécules, produite par le corps, est endogène, l’autre exogène — est à peu près aussi insignifiant que de savoir si la drogue qu’on consomme vient du Népal ou d'Afghanistan : intéressant pour le douanier, peu pertinent pour le consommateur.

Là où les écrivains hippies rêvaient du voyage à Katmandou, ceux de la génération suivante, les écrivains cyberpunk, rêvaient plutôt, par quelques modifications du cerveau, de les rendre toutes endogènes.

La pompe que nous actionnons en courant ne serait que le prototype rudimentaire de ces systèmes d'administration futuristes qui nous permettraient d'accéder aisément à toutes sortes d’état de conscience modifié
Il en est de toute façon de la drogue comme de tous les poisons : trop étrangers au corps, ils sont sans effet. On ne meurt pas de l’arsenic car l’arsenic nous est hostile, mais parce qu’il nous aime trop.
En cela la meilleure métaphore de la drogue, ce serait bien la métaphore cyberpunk de l’émulateur, un ordinateur sur lequel on fait tourner un autre ordinateur. On peut ainsi télécharger, sur une console de jeu, une console de la génération précédente, une console virtuelle, sur laquelle faire tourner ses anciens jeux.
Et cela ressemble assez à l’image qu’on se fait de la drogue : l’irruption d’un substance exogène.

Drogue et émulation

Ce qui rend cependant l’émulation possible, c’est qu’elle est déjà comprise comme possibilité dans tout système informatique. On peut même résumer l'histoire de l’informatique à celle de l’émulation.
Il ne s’agit pas seulement, pour un système avancé, de simuler le comportement d’un système plus frustre — d’émuler comme on se défonce. L’inverse est tout aussi possible. Le ruban de papier sur lequel se déplace une tête de lecture, dans l’expérience de pensée originelle d’Alan Turing, contient en théorie la totalité de l’histoire ultérieure de l’informatique.
Il n’y a pas de différence de nature entre l’abrutissement que procure un narcotique et le sentiment d’expansion infinie des drogues hallucinogènes.
Notre cerveau supporte les deux opérations.
Ou plutôt se tient, exactement, entre les deux.
Qu’il calcule plus lentement, et c’est le sommeil, que le ruban défile plus vite, et c’est la réalité augmentée du LSD ou de la mescaline.
Mais alors le sommeil n’est pas la drogue la plus puissante de toute ?
A moins de considérer l’état de veille, c’est à dire le sentiment hallucinant de l’existence du monde, l’ivresse de la conscience, le bad trip de la peur de la mort, comme le véritable effet de cette drogue endogène qui consiste, par de brusques accès dont la quotidienneté nous a fait oublier le caractère spectaculaire, à s’endormir soudain.

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