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Un petit robot, qui n'est pas le premier robot chimiste...

Le premier robot chimiste, un gentil robot ?

3 min

Tout part d’un tweet montrant le bras d’un robot industriel se déplacer à toute vitesse... Quelle découverte a fait ce premier robot chimiste autonome ? Serait-on devant un cas de "cherry picking", cet art subtil d’arranger les données pour que la cerise cache le gâteau ?

Un petit robot, qui n'est pas le premier robot chimiste...
Un petit robot, qui n'est pas le premier robot chimiste... Crédits : Westend61 - Getty

Vivons-nous à l’intérieur d’un accident de laboratoire ?
Non, je ne vais pas vous parler de la pandémie. Tout est parti en fait d’un tweet, montrant le bras d’un robot industriel se déplacer à toute vitesse.
La légende expliquait qu’il s’agissait du premier robot chimiste autonome, capable de conduire seul des expériences plus de 1000 fois plus vite qu’un être humain.
En gros, un robot qui mélange des trucs et qui les place sous une hotte, et qui regarde ce qui se passe. On sait ce que la découverte de la pénicilline ou de la radioactivité doit au hasard sérendépitique des laboratoires mal rangés.
Il ne s’agit, en somme, que d'accélérer un peu le processus. Et évidemment, ça marche : après 8 jours de manipulations continues, et 98 millions d’expériences, notre bras robot aurait découvert quelque chose : une nouvelle catalyse potentiellement utile pour développer des technologies vertes… Évidemment… Et on n'imagine aucun polluant nouveau, aucun explosif révolutionnaire, aucun poison indécelable. Le gentil robot…

L'art du "cherry picking"

J'ai l’impression qu’on est devant un cas avéré de cherry picking, cet art subtil d’arranger les données pour que la cerise cache le gâteau.
Ça rassemble à ces publicités pour Bayer, qui racontent comment la firme chimique nous accompagne au quotidien depuis qu’elle a réussi à synthétiser l’aspirine, sans s’attarder trop sur l’époque nazie. Ou bien à cette façon qu’ont eu récemment les fabricants de pesticides de former L’union des industries de la protection des plantes. 

Mais ce robot, ce bras qui plonge dans l’urne d’un réacteur chimique m’a plus profondément rappelé les travaux du futurologue Nick Bostrom, sur la découverte scientifique envisagée comme un gigantesque tirage au sort dont dépend, en dernier lieu, le destin de l’humanité.
Sa théorie étant qu’on a jusqu'à maintenant à peu près toujours sorti des balles blanches. Mais qu’on aurait tout aussi bien pu sortir une balle noire, et disparaître d’un coup.

Qu’est ce qu’il appelle une balle noire ? La bombe atomique, par exemple ?  
Justement non. Mais tout simplement car nous sommes apparus assez tard sur cette Terre, assez tard en tout cas pour que le stock d’uranium 2535 présent dans sa composition chimique ait majoritairement achevé sa demi-vie. Il faut ainsi pas mal de temps et d’énergie pour fabriquer des bombes. Mais il y a trois milliards d’années, le processus complexe de l’enrichissement n’aurait pas été tellement plus dur que de ramasser du sable…

Mais alors que vient faire notre robot dans tout ça ? Quel est le sable radioactif qu’il risque de ramasser ?
Cela pourrait-être, comme dans un roman de Michael Crichton, l’auteur de Jurassic Park, une nuée de nanorobots auto-répliquants et dévoreurs de carbone, qui mangeraient en quelques heures, à la manière d’une nuée de sauterelle de dimension apocalyptique, toutes les plantes de la terre. Cela pourrait être, cela est peut-être déjà, un perturbateur endocrinien qui rendrait les hommes progressivement stériles.

Un simple accident de tirage

Dans les deux cas notre robot ne risquerait pas grand chose… Il pourrait d’ailleurs avantageusement se reconvertir, et se mettre à fabriquer des molécules remèdes — l’histoire de la chimie a bien prouvé qu’il était possible de passer facilement de la production d'aspirine à celle du Zyklon B, et inversement. Comme dit Nick Bostrom, de façon prophétique, il n’est pas possible de dépublier une découverte scientifique. Tout au plus, c’est l’intrigue géniale du roman Gains, de Richard Powers, le roi des lessives cancérogènes peut se reconvertir dans les traitements médicaux du cancer. 

Nous sommes enfermés dans un laboratoire, l’expérience a clairement dégénérée, mais e seul moyen de s’en sortir, c’est de la continuer encore….
Ou pire, nous somme à l’intérieur de la boule noire, nous sommes le mauvais choix du robot — et s’il décide de tricher, pour ne jamais avoir à nous tirer au sort, nous sommes morts.

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