LE DIRECT
The Pleiades (M45), constellation Taurus

Sommes-nous en pleine Renaissance ?

3 min

Aurélien Bellanger se sent chanceux d'être né dans une des périodes historiques les plus fascinantes et les plus vertigineuses, l’une de celles, comme à la Renaissance, où un nouveau monde prend directement forme sous nos yeux... empli de résonances entre l’art et la cosmologie ?

The Pleiades (M45), constellation Taurus
The Pleiades (M45), constellation Taurus Crédits : Christophe Lehenaff - Getty

Je ne sais pas d’où est venu ce sentiment général de déclin, mais si je suis parfaitement lucide sur mon ressenti de l’époque, je dirais que j’ai eu la chance de naître dans une des périodes historiques les plus fascinantes et les plus vertigineuses — l’une de celles, comme à la Renaissance, oui, où un nouveau monde prend directement forme sous nos yeux.
Cela n’est pas venu de nulle part : on a creusé le tunnel circulaire du LHC, on a envoyé Hubble dans l’espace, on a affiné les grands modèles de la physique théorique.
Autrement dit, le XXème siècle a fait tout le travail, et il était logique que le siècle suivant en tire des bénéfices.

Le multivers est une chambre d'enfant

Et ces bénéfices sont incalculables : ce n’est pas un continent, cette fois, que nous avons découvert, mais des univers entiers, en nombre infini.
L’hypothèse du multivers est passée, sous nos yeux blasés, d’une solution élégante à certains des problèmes métaphysiques fondamentaux de la physique quantique, à celle d’évidence quasi empirique. Car ce sont bien les arts visuels qui nous en ont convaincus.
Comme il a fallu sans doute l’invention de la perspective pour que Galilée soit pris au sérieux. 

La Renaissance, on peut la faire commencer, par exemple, dans la chapelle bleue des Scrovegni, à Padoue.
Là-bas la vision médiévale du monde, au tout début du XIVème siècle, atteint, grâce à Giotto, son point d’équilibre, entre les fresques bibliques des murs latéraux, le jugement dernier du fond et la voûte étoilée.
Et je sais, sans y être même allé, où j’ai déjà vu cette chapelle : c’est dans un film de Spielberg des années 80.
Nous somme cette fois dans la chambre d’un adolescent qui est né en juillet 69 : il a l’âge de la conquête de la Lune et sa chambre est pleine de reliques de l’espace : des maquettes de fusée, des photos de galaxie, une balle extensible multicolore — l’espace infini rendu accessible à la main d’un enfant.
Ici, dans cette chambre qui aurait pu être la mienne, la nôtre, notre chambre idéale, on entend à bas bruit mourir le XXème siècle, comme est mort le Moyen Âge dans la chapelle de Padoue : car la quête est achevée, le Graal est à nous et la navette Challenger, comme pour nous retenir prisonnier de ce rêve parfait, vient d’éclater dans le ciel.

De nouvelles perspectives 

La conquête spatiale aurait quelque chose de mélancolique ? En tout cas, un nouveau poster apparaît à la toute fin du grand siècle de la conquête spatiale :  l’image, sphérique et rosacée, du bruit de fond cosmologique enregistré par le satellite Cobe.
Les scientifiques s’exaltent : c’est presque une photographie du Big Bang.
Mais ce qu’on ressent, c’est qu’après les abîmes redoutés par Pascal et mesurés par Newton, l’espace vient de se refermer sur nous comme une chambre d’enfant tapissée du sol au plafond d'images cosmologiques : le Big Bang n’est plus le point d’origine du temps, s’il est ainsi, partout, autour de nous.
C’est la première fois que l’univers nous paraît minuscule. Mais à peine le temps de s’en rendre compte et voilà que tout éclate, que la chambre redevient infinie. Et cela fait presque 10 ans que l’art ne parle que de ça.

Du multivers de la série Rick et Morty au multiplexage du motif de la chambre d’enfant dans Interstellar, les grandes oeuvres d’aujourd’hui racontent comment les univers se sont soudain démultipliés : l’univers plein du Big Bang n’est plus déjà qu’une vague fiction ptoléméenne tardive. Nous habitons le multivers. Même les Avengers finissent sur cette vision, qui n’a d’égale que celles qu’a peintes, à la fin de la Renaisance, le génial Albrecht Altdorfer, d’un monde qui s’entrouvre et qui, entre les mains du Docteur Strange, avoue enfin qu’il n’était qu’une des innombrables facettes du multivers primitif.

L'équipe
À venir dans ... secondes ...par......