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Réflexions de l'homme dans son bain (qui n'est pas Michel Onfray) : des bulles jusqu'au diesel ?

Michel Onfray est-il le nouvel archimède ?

4 min

On s’est récemment moqué d’une intervention du philosophe qui reliait mystérieusement défense du diesel et passion pour le bain moussant : un peu en roue libre, il associait réchauffement climatique, droit à polluer du petit peuple français qui roule en SUV, bain moussant et physique quantique...

Réflexions de l'homme dans son bain (qui n'est pas Michel Onfray) : des bulles jusqu'au diesel ?
Réflexions de l'homme dans son bain (qui n'est pas Michel Onfray) : des bulles jusqu'au diesel ? Crédits : Florian Nelhübel / EyeEm - Getty

Ma première hypothèse c’est que notre célèbre philosophe s’était endormi dans son bain le dimanche précédent en regardant le dossier spécial SUV de l’émission Turbo, qui confrontait intelligemment des propriétaires comblés d’Opel Zafira à des climatologues atterrés. 

Le philosophe prend son bain

Pendant ce temps, j’imagine que Michel Onfray tentait alternativement de compter les bulles de son bain et de visualiser, a posteriori, le ratio de SUV sur le parking des salles où il donnait des conférences.
L'illumination, le moment Eureka s’est produit quand ce grand lecteur s’est souvenu du livre de vulgarisation physique qu’il venait d’achever, probablement un truc à la Brian Greene sur la mousse quantique.
Il se serait alors écrié, en tribun de la plèbe de son groupement local d’univers, qu’on lâche un peu les Français avec le réchauffement climatique : le problème était bien plus vaste !
Les bulles n’étaient pas telles un peu plus froides dans son dos qu’à ses pieds où coulait encore un ingénieux filet d’eau chaude ?
Réchauffement en deçà des Pyrénées de son ventre, refroidissement au-delà !
Mais la thermodynamique ne dit pas autre chose, pensa ce grain de pollen entraîné par le mouvement brownien des associations libres !
Et il était trop tard pour penser à fermer la porte de la salle de bain : la mousse se propageait déjà aux confins de l’univers. Le moindre mouvement de sa part eut été catastrophique — autrement plus grave que le réchauffement climatique.

L’homme qui roule en SUV est, par nature, le vrai habitant du multivers, un métaphysicien né qui sent bien qu’il existe des problèmes autrement plus énormes que ceux de cette planète.
Et Michel Onfray de rouler avec lui en pensée jusqu’aux conséquences dernières de la théorie du multivers — cette théorie dyonisiaque, qui ne pouvait que plaire à ce lecteur de Nietzsche, pour laquelle il existe une infinité d’univers. Théorie un peu gâchée, hélas, par sa contrepartie apollinienne, qui interdit toute communication entre eux.
Mais c’est sur ce point que notre philosophe s’est avéré proprement génial : il a contourné, dans un véritable moment Eureka, cet interdit métaphysique.

Un mysticisme inavouable

Michel Onfray est, mieux qu'Archimède, notre Giordano Bruno, le premier philosophe, depuis les bûchers de la Renaissance, à tenter une sortie entre les mondes. En revenant, justement, aux racines intellectuelles de la théorie du réchauffement climatique : à la thermodynamique elle-même. Qui, faute de réussir à réduire la chaleur à un phénomène local, a développé une approche statistique de celle-ci : peu importe au physicien l’état d’excitation de tel ou tel atome, ce qu’il mesure c’est l’excitation moyenne. La chaleur est un phénomène non local — au point que le physicien Maxwell a imaginé que seul un démon pouvait vraiment la manipuler.
Façon de dire peut-être qu’elle était elle-même un démon, un fauve invisible apparu entre les configurations inscrutables des atomes, un fauve que seuls quelques métaphysiciens pourraient chevaucher, au risque d’y perdre la raison.
Et regardant l’eau clinquante de son bain moussant, Michel Onfray s’est bien mis à rêver à voix haute d’un cheminement possible entre les mondes, d’une forme inconnue et fluide qui se manifesterait en utilisant chaque univers comme un pixel clignotant.
Notre philosophe, connu pour son athéisme, s’est heureusement arrêté à temps, pour revenir, les irisations de l’eau aidant, au problème très concret du diesel —  mais il n’a jamais été aussi près, je crois, de découvrir le Dieu caché derrière le démon de Maxwell.

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