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Peut-on faire une philosophie du chien ?

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Quel est le rapport entre le chien et la religion ? Aurélien Bellanger explore en cynique cette surprenante question.

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Chien Crédits : Getty

Question embarrassante, car je crois que la philosophie du chien existe, mais qu’elle a pris la forme d’une hérésie, voire carrément d’un blasphème : la philosophie du chien, c’est la forme laïcisée et terminale sous laquelle nous supportons encore le christianisme, cette religion d’amour autrefois fameuse en occident.

Pur amour et pure dévotion à son maître, le chien d’aujourd’hui remplace, ab minima, les crucifix longtemps présents dans nos intérieurs. Je remarque d’ailleurs qu’à la campagne, là où les crucifix sont encore présents au-dessus des cheminées, le chien n’a pas tout à fait sa place dans les intérieurs, et dort souvent dans une remise. 

Ce chien des campagnes possède d’ailleurs encore une utilité : il chasse les souris et effraie les voleurs — il n’est pas pur amour, comme le chien des villes.

Il est là nous plus pour nous protéger d’une menace extérieure, mais d’une menace intérieure. Typiquement : la solitude. Il ne sert plus qu’à cela, à nous témoigner de l’affection, comme on dit pudiquement — en réalité : de l’amour.

Alors que les mystères de l’eucharistie ont délaissé nos vies, on assiste peut-être, et je le dis sans ironie, à une forme ultime de croyance en la transsubstantiation de l’hostie, quand on voit, la nuit, sur les trottoirs, des humains accepter de ramasser, au nom de l’amour, des crottes encore chaudes dans des sacs réversibles.

Je ne crois pas qu’on ait construit, à Paris, une seule chapelle en vingt ans, mais les budgets participatifs abondent en projet de canisites. 

Et on ne comprendrait rien à l’exceptionnelle réception de Houellebecq par la société française si on négligeait d’en faire le prophète le plus actif de cette laïcisation canine et terminale du catholicisme.

Le corgi Clément, dont on a pu visiter le mausolée, à l’ironie douteuse, au Palais de Tokyo, et dont on peut saluer la tombe au cimetière canin d’Asnières, a vu sa vie spectaculairement mise en scène par l’écrivain, comme une cérémonie d’adieu au catholicisme : toute la charité du christ finissant dans la toison orange du médiatique corgi. 

La fille aînée de l’église est devenue, dans la douceur, le pays de 30 millions d’amis, et à La madrague Saint François d’Assise s’est ressuscité en Brigitte Bardot.

Mais j'adore les chiens, le mien s’appelait Eliot, et je suis certain qu’il avait une âme, et que je le reverrais un jour. Mais oui, vous avez raison, je suis cynique, au sens étymologique du terme …

La théologie du chien

Les hérésies m’angoissent, c’est ma façon particulière de demeurer, malgré tout, un peu orthodoxe. Je suis par exemple terriblement gêné par la communication de la Nasa vis à vis de ses rovers martiens : on dirait, à chaque fois, que les scientifiques qui les promènent là-bas, au bout d’une longue laisse gravitationnelle, redécouvrent le chien : ils traitent vraiment leurs robots comme des choses affectueuses et vivantes. Ma théorie serait que l’humanité se pardonne encore moins d’avoir sacrifié Laïka à la conquête spatiale que d’avoir autrefois crucifié le Christ. Elle pourrait être là, l’explication de notre culte un peu déviant du chien. 

Ou plutôt il faudrait réussir à faire avec le chien ce qu’on arrive à peu près à faire avec la technique — un raccourci à la Kubrick entre le premier outil apparu et le plus futuriste des vaisseaux. Sauf que ce serait un sentiment, d’obédience religieuse, que nous aurions confié à ce cousin du loup, au commencement du temps — un vague besoin de protection — qui se serait au fil du temps hypostasié en religion. Mais c’est un peu compliqué.

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