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L'essayiste britannique d'origine égyptienne Bat Ye'Or

Bat Ye'Or, l'égérie des nouveaux croisés anti-islam

3 min
À retrouver dans l'émission

L'essayiste britannique d'origine égyptienne qui a d’abord travaillé sur le statut de ceux qu’on appelait, au Moyen-Âge, les "dhimmis", c’est-à-dire les minorités en terre d’islam. Puis elle a basculé dans un autre registre en signant un brûlot à l’écho sans frontières, intitulé "Eurabia".

L'essayiste britannique d'origine égyptienne Bat Ye'Or
L'essayiste britannique d'origine égyptienne Bat Ye'Or Crédits : Stefano Montesi - Getty

Aujourd'hui je voudrais parler de Bat Ye'Or, l'égérie des nouveaux croisés anti-islam. Et pour cela, je partirais d'un curieux télescopage entre événement littéraire et actualité terroriste. Quelques heures avant l’attentat du 7 janvier 2015 contre Charlie Hebdo, l’hebdomadaire Valeurs actuelles annonçait sa « une » du lendemain, sous forme d’une question : « Islam : et si Houellebecq avait raison ? ». Cette couverture saluait la sortie de Soumission, roman publié le même jour chez Flammarion, dans lequel l’écrivain dépeint une France sous domination ­musulmane. Or, à la page 157, l’un des personnages de Houellebecq conclut : « Dans un sens la vieille Bat Ye’or n’a pas tort, avec son fantasme de complot Eurabia. » A partir de là, une partie de la presse de droite et toute une blogosphère identitaire allait s’interroger : si Houellebecq avait raison, serait-ce que Bat Ye’or n’a pas tort ?

Bat Ye’Or  est citée élogieusement par de nombreux sites identitaires

Bat Ye'Or, c'est cette essayiste britannique d'origine égyptienne qui a d’abord travaillé sur le statut de ceux qu’on appelait, au Moyen-Âge, les dhimmis, c’est-à-dire les minorités en terre d’islam. Puis elle a basculé dans un autre registre en signant un brûlot à l’écho sans frontières, intitulé Eurabia, où elle accuse les élites européennes de livrer leurs peuples, aujourd’hui, à une nouvelle « dhimmitude ». Déjà accueillie avec enthousiasme par les néoconservateurs américains dans la période de l'après 11 septembre, elle connaît un regain de notoriété en Europe depuis que le Vieux continent se trouve à son tour frappé par le djihadisme. En France, Bat Ye’Or se trouve citée élogieusement par de nombreux sites identitaires et dans toute une littérature islamophobe. En Norvège, c’est tout autre chose encore, puisqu’elle a reçu un hommage empoisonné quand Anders Breivik, le tueur d’Oslo et d’Utoya, l’a citée des dizaines de fois dans le « manifeste » où il justifiait ses actes. 

Comme elle était de passage à Paris pour la parution d'une autobiographie politique, je l'ai rencontrée afin de comprendre sa radicalisation. Et ce que j'ai découvert, c'est un être blessé, traumatisé par son départ précipité d'Egypte, avec sa famille, en 1956, comme la masse des Juifs égyptiens. 

De la recherche historique à la fable complotiste

     Cette expérience terrorisée, Bat Ye’or  a fini par l’universaliser dans un grand récit aux prétentions scientifiques douteuses, mais aux effets politiques explosifs. Car si ses premiers textes relevaient d’une patiente recherche historique, ses pamphlets s’apparentent davantage à la fable conspirationniste. Ainsi Bat Ye’Or a-t-elle renoué, consciemment ou non, avec ce qu’elle présente elle-même comme sa passion enfantine, la fiction. Depuis toujours, elle écrit des romans qu'elle n'a jamais publiés, et elle avoue que sa priorité, désormais, se trouve là. Alors, je lui ai demandé si, par hasard, Houllebecq n'avait pas déjà rédigé la version romanesque de ses textes politiques, et elle m'a répondu, je cite : « Houellebecq a écrit un grand roman. D’une étrange façon, très simple, géniale, comme un peintre pointilliste, il a fini par dessiner Eurabia. Oui, c’est sympathique ! »

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