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Claude Lefort.

Claude Lefort contre la "bêtise" relativiste

3 min
À retrouver dans l'émission

En 2010, Jean Birnbaum avait rencontré Claude Lefort pour discuter avec le philosophe de la pertinence de l'anti-totalitarisme.

Claude Lefort.
Claude Lefort. Crédits : Editions Belin

La semaine dernière, je vous parlais de la bêtise, et parmi les auteurs que j’ai cités et qui permettent d’affronter ce phénomène j’ai oublié un nom qui m’est pourtant très cher, celui de Claude Lefort, grand penseur de la démocratie et philosophe anti-totalitaire.  La « bêtise », Lefort aimait utiliser ce mot. Par exemple, à ses yeux, quiconque prétendait bâtir une société plus juste sans tirer les leçons du XXè siècle totalitaire se condamnait à la bêtise. De même, il avait cette formule, il disait : "le relativisme déchaîne la bêtise". En particulier, lui qui avait passé sa vie à penser la singularité de la démocratie, il était exaspéré par tous ceux qui refusaient de faire la différence avec les dictatures. 

Cela n’en faisait pas pour autant un partisan de l’ordre en place ou même du statu quo libéral. Mais dans son esprit, on devait pouvoir faire deux gestes à la fois : d’un côté, soumettre la démocratie à une critique impitoyable, dénoncer sans relâche ses hypocrisies, ses compromissions, ses violences et, d’un autre côté, ne jamais céder au confusionnisme qui conduit à occulter la différence avec les dictatures.

Lefort est mort en 2010, il nous manque beaucoup, et à chaque fois que j’entends ces intellectuels prétendument radicaux, ces trolls soi-disant « anti-système », qui parlent et agissent comme si nous vivions déjà aujourd’hui, en France, dans un État « policier », sous un régime « totalitaire », je pense à lui. Je pense à ses livres où il essayait de  concilier révolte politique et inquiétude libertaire, promesse d'émancipation et vigilance anti-autoritaire. Je pense à son oeil goguenard, à ses petits rires étouffés, à ses accents de titi parisien, à sa spontanéité orgueilleuse, à ses colères d’homme libre.  

"La liberté est la seule chose qui m'a exalté"

Je me souviens d’ailleurs qu'un jour, c’était il y a bien longtemps, je l'avais moi-même agacé. Je n’avais pas trente ans, j’étais allé l’interviewer pour France Culture, et après une demi-heure d'entretien, je l'avais un peu provoqué en suggérant que sa pensée anti-totalitaire n'avait peut-être plus vraiment de quoi enthousiasmer la jeunesse : dans les années 1960 ou 1970, lui avais-je glissé, quand il s'agissait de combattre la dictature stalinienne, votre éloge de la démocratie pouvait encore nourrir une espérance collective. Mais maintenant ? Alors, avant de répondre, Claude Lefort avait pris son temps. Il avait fabriqué plusieurs minces rouleaux avec les feuilles de papier qui se trouvaient sur sa table. Puis il avait rallumé soigneusement sa pipe. Enfin, il m’avait remis à ma place d'une voix tendre et impitoyable. Il avait dit, et ce sera les mots de la fin : 

Vous parlez de l'espérance d'une drôle de façon, jeune homme. La question qui nous est posée, la question de l'avenir, c'est justement celle des conflits internes à la démocratie. Si vous me dites que ce n'est pas exaltant, moi, je vous réponds que la liberté est la seule chose qui m'a exalté, tout au long de ma vie, et que c'est celle qui m'exaltera jusqu'à mon dernier souffle.

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