LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Agnès Desarthe

Desarthe vaut le détour

3 min
À retrouver dans l'émission

La littérature d’Agnès Desarthe fait du détour un chemin d’émancipation, un constat renouvelé avec son nouveau livre, l’un des romans plus forts de cette rentrée littéraire, "La chance de leur vie".

Agnès Desarthe
Agnès Desarthe Crédits : Ulf Andersen / Aurimages - AFP

C'est une femme que j'admire beaucoup, même si elle peut agacer, aussi, parce qu’elle a vraiment tous les talents, un humour fou, un regard sensible et en même temps vachard juste comme il faut, c’est une excellente traductrice, elle écrit de superbes livres pour les enfants, des essais brillants et surtout des romans épatants, qui n’ont pas honte de s’avancer comme tels, à un moment où la fiction se fait un peu rare sur la scène littéraire. Agnès Desarthe, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, il fallait bien que je finisse par prononcer son nom, Agnès Desarthe, donc, n’a pas peur de miser sur le roman romanesque, au contraire sa littérature semble toute joyeuse de fictionner comme certaines philosophies semblent heureuses de fonctionner, et justement ses romans s’avancent à la manière de contes philosophiques, toujours solides, émouvants, drôles, j’insiste encore sur ce point, on rit aux éclats en lisant Desarthe, et ce n’est pas un spasme vain, vulgaire, c’est un rire qui nous éclaire en ouvrant dans nos vies une distance qui vaut le détour, oui, le détour, je pense que c’est le mot clef, la littérature d’Agnès Desarthe non seulement vaut le détour, mais elle fait du détour un chemin d’émancipation. 

Le détour de l'enfance

On le constate une fois de plus dans son nouveau livre, publié comme les précédents aux éditions de l’Olivier, l’un des romans plus forts de cette rentrée littéraire, il s’intitule La chance de leur vie, c’est l’histoire d’un couple qui part aux Etats-Unis avec un ado surdoué, un peu perché, la mère, qui ne fait rien, a décidé d’être la grand-mère de son fils, le père est philosophe, invité à enseigner dans une université américaine, quand la directrice du département l’accueille elle lui dit que son arrivée, je cite, « c’est le renouveau après Derrida, mais pas contre Derrida », et cette phrase sonne évidemment de façon snob, ridicule, et en même temps en la lisant je me suis dit, par-delà l’ironie, Derrida a toute sa place ici, le clin d’oeil est juste, puisque le philosophe de la déconstruction était un écrivain du détour, lui aussi, il considérait que face à la bêtise, ou à la terreur, et il est pas mal question du terrorisme dans le roman de Desarthe, eh bien la seule réponse possible, c’était une politique du détour, ce qu’il nommait « une politique de la diversion indirecte ». Or Desarthe n’a pas son pareil pour faire diversion, et une fois de plus, dans ce roman, le détour qu’elle nous fait emprunter, c’est le détour de l’enfance. Comme souvent sous sa plume, c’est l’enfance, cette enfance qu’elle décrit, restitue, incarne si bien, qui lui permet de créer entre les êtres des coïncidences fulgurantes, des alliances inattendues, et de bâtir cette littérature à la fois optimiste et pessimiste, courageusement dégrisée, qui emprunte le détour de la fiction pour nous rendre à nous-mêmes.

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......