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Les sentinelles du livre, hardies, savantes, précises, mettent à jour les oeuvres et leur confèrent ainsi une actualité toujours relancée

Hommage aux sentinelles du livre

4 min
À retrouver dans l'émission

Il faut saluer toutes les femmes, tous les hommes qui veillent sur les textes afin de leur donner refuge, de leur assurer une survie; qui mettent à jour les oeuvres et leur confèrent ainsi une actualité toujours relancée.

Les sentinelles du livre, hardies, savantes, précises, mettent à jour les oeuvres et leur confèrent ainsi une actualité toujours relancée
Les sentinelles du livre, hardies, savantes, précises, mettent à jour les oeuvres et leur confèrent ainsi une actualité toujours relancée Crédits : Gulfiya Mukhamatdinova - Getty

Il y a quelques temps, j'étais monté dans un bus en lisant, j’étais là, en équilibre instable, le cou tordu, la tête dans mon livre, et tout de suite une dame s’est levée pour me proposer son siège, comme si le livre était quelque chose de si vulnérable qu'il fallait lui réserver une place prioritaire. J'ai repensé à cette scène, récemment, à l’occasion d’un autre épisode qui me paraît engager, lui aussi, des choses cruciales. C'était le 1er janvier, au lendemain du réveillon, et depuis presque une semaine je cherchais vainement un article qu'un ami m'avait conseillé, un article de Cornélius Castoriadis, ce philosophe mort en 1997, et qui avait fondé jadis, avec Claude Lefort, le fameux groupe « Socialisme ou Barbarie ». J'avais beau fouiller dans les écrits politiques de Castoriadis, je le signale au passage, superbement réédités, ces dernières années, par les jeunes et formidables éditions du Sandre, je ne parvenais toujours pas à mettre la main sur cet article. Et puis soudain, une fois de plus, quelqu'un m'a porté assistance.

"Le vieux texte vit parce qu'il exprime une fidélité"

Cet homme s'appelle Claude Helbling. Quelqu’un que je connais pas, mais qui depuis des années, m'envoie régulièrement des mails qui tiennent en une ligne : « Bonjour, je vous envoie une mise à jour de la bibliographie détaillée de et sur Castoriadis ». Donc, il était presque minuit, ce 1er janvier, lorsque, désespérant de trouver le fameux article, je décidai de l’appeler au secours. Le lendemain matin, je trouvai dans ma boîte une réponse envoyée en pleine nuit. A 3h23 très exactement, mon bienfaiteur m’informait que je n’avais aucune chance de trouver le texte où je le cherchais. En réalité, disait-il, « ce texte se trouve, en tant qu'introduction, dans le livre édité en 10/18 : L'expérience du mouvement ouvrier. Comment lutter, 1974, pages 11 à 120, et dans le livre récent: Quelle démocratie? Tome 1 (Écrits politiques, 1945-1997, III) siglé QD 1 ou EP 3, pages 383 à 455. Je vous envoie le pdf de ce texte (avec la mise à jour de la bibliographie Castoriadis) ».

Voilà ce qu'écrivait mon sauveur. Éperdu de reconnaissance, je lui envoyais un message de gratitude. J'ignore s'il nous écoute, mais je voudrais qu'il sache qu'en lisant son mail, j'ai repensé à cette dame du bus et à toutes les femmes, tous les hommes qui veillent sur les textes afin de leur donner refuge, de leur assurer une survie. Pour rendre hommage à toutes les sentinelles du livre, hardies, savantes, précises, qui mettent à jour les oeuvres et leur confèrent ainsi une actualité toujours relancée, pour saluer Claude Helbling, en particulier, qui voue une part de son existence à l'oeuvre de Castoriadis, je voudrais citer les mots d’une autre figure de la gauche antitotalitaire, l'écrivain libertaire Victor Serge, qui notait : « Le vieux texte vit parce qu'il exprime une fidélité, une nécessité. Il faut que quelqu'un ne trahisse pas. »

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