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Une mosaïque d'Invader à Paris

Invader à livre ouvert

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À retrouver dans l'émission

L'artiste connu pour ses mosaïques accrochées dans 75 villes dans le monde entretient une relation passionnée avec les livres, un amour inséparable de l’obsession qui est la sienne pour la trace, pour la survie.

Une mosaïque d'Invader à Paris
Une mosaïque d'Invader à Paris Crédits : Pierre Gautheron / Hans Lucas - AFP

Vous connaissez les oeuvres du street-artiste Invader, ces mosaïques collées dans les rues de Paris, de Lyon, de Pau mais aussi de New York ou de Tokyo, des figurines inspirées de la culture populaire et par exemple des contes pour enfants. Cet artiste de rue a toujours tenu à rester anonyme, mais il y a quelques jours j'ai eu la chance de rencontrer Invader à visage découvert, et cela m'a permis de discerner un aspect méconnu de sa personnalité.

En effet, je savais qu'il avait grandi en écoutant de la musique punk et en jouant aux jeux vidéos, mais j'ignorais qu'il entretenait une relation passionnée avec les livres, un amour inséparable de l’obsession qui est la sienne pour la trace, pour la survie. Récemment, les œuvres d’Invader ont fait l'objet de vols et de destructions, et l'artiste a beau utiliser des matériaux, des ciments, des colles pérennes, il sait que chacune de ses mosaïques reste vulnérable. 

Alors, le livre demeure pour lui le meilleur moyen de conserver ses œuvres, et voilà pourquoi il publie régulièrement des ouvrages d’art qu’il auto-édite dans sa maison baptisée Control P, le dernier en date est consacrée à Ravenne, ville italienne célèbre pour ses mosaïques byzantines, et qu'Invader a envahie à sa manière, c’est-à-dire à la fois mobile, ludique et mélancolique.

75 villes et 3500 mosaïques dans le monde

Car c'est bien cet aspect qui m'a le plus frappé chez lui. Du reste Invader est un admirateur de Georges Perec, il partage avec lui un désir d’archive, un souci de la trace indélébile qui coïncide avec une flânerie libertaire, la marche d’une existence qui jamais ne revient sur ses pas. En effet il n'y a pas deux mosaïques semblables, chaque pièce prend la suite de la précédente et tout cela finit par raconter une histoire, la course effrénée d’Invader est aussi un discours éperdu, celui d’un homme qui conjugue inscription urbaine et écriture ineffaçable, invasion graphique et dissémination autobiographique. Evidemment il y a là une quelque chose qui relève de la déraison. Déraison de l’artiste flâneur, qui a déjà investi 75 villes et posé plus de 3500 mosaïques dans le monde. Mais aussi délire de nous tous qui le suivons en levant le nez sur les façades des immeubles du monde entier. 

L’autre jour, quand je l’ai vu, Invader m'a confié ces mots, d'une voix presque murmurée : « J’ai réussi à embarquer les gens dans ma folie. ». Et cette folie qui effectivement rassemble les lecteurs de ses livres, elle réunit également les dizaines de milliers de barjots, petits ou grands, qui ont téléchargé l'application Flash Invaders pour se lancer, téléphone en main, dans une chasse mondiale aux Space Invaders. J'en sais quelque chose, moi qui ai traversé l'Italie en famille et en voiture pour aller flasher les figurines de Ravenne, sous la férule d'un enfant de 8 ans qui serrait tout contre lui le dernier livre d'Invader, comme s'il avait immédiatement compris qu’il avait entre les mains un trésor, le seul vrai trésor, à la fin.

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