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Hommage après les attentats de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.

Quand les islamistes font main basse sur le Coran

3 min
À retrouver dans l'émission

Ne pas laisser les textes aux fanatiques, à ceux pour qui le Coran appelle non pas une interprétation spirituelle, mais une soumission charnelle, telle est donc la tâche que se sont fixés les musulmans qui refusent de voir leur religion se transformer en doctrine sanglante.

Hommage après les attentats de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.
Hommage après les attentats de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015. Crédits : Simon Guillemin / Hans Lucas - AFP

Le 7 janvier 2015, les frères Kouachi exécutent un à un les journalistes de Charlie Hebdo,  mais ils laissent la vie sauve à Sigolène Vinson, chroniqueuse judiciaire de l’hebdo satirique. Après avoir mis en joue la jeune femme, Saïd Kouachi lui dit  : « Tu es une femme. On ne tue pas les femmes. Mais réfléchis à ce que tu fais. Ce que tu fais est mal. Je t’épargne, et puisque je t’épargne, tu liras le Coran ». Deux ans plus tôt, un commando somalien se réclamant d’Al-Qaïda avait envahi un centre commercial au Kenya avant de massacrer 68 personnes. Au préalable, les djihadistes avaient pris soin de libérer les otages qui pouvaient réciter au moins une sourate du Coran. Aux femmes qui n’en étaient pas capables, et qu’ils avaient néanmoins épargnées parce qu’elles étaient femmes, les djihadistes avaient donné ce conseil : lisez le Coran !

Ce que rappellent ces deux scènes, c’est que les djihadistes veulent faire main basse sur le Coran, un Coran qu’ils connaissent souvent beaucoup mieux qu’on le croit.

Lever l'embargo sur la pensée libre

Ne pas laisser les textes aux fanatiques, à ceux pour qui le Coran appelle non pas une interprétation spirituelle, mais une soumission charnelle, telle est donc la tâche que se sont fixés tous les musulmans, intellectuels, théologiens ou simples croyants, qui refusent de voir leur religion se transformer en doctrine sanglante.  « Nous avons besoin de faire librement des recherches dans notre héritage religieux. C’est la condition première du renouveau. Nous devons lever l’embargo sur la pensée libre », lançait ainsi le théologien égyptien Nasr Hamid Abû Zayd (disparu en 2010), l’un de ces « nouveaux penseurs de l’islam » auquel Rachid Benzine a consacré un beau livre. 

Par-delà leurs différences, ces penseurs souhaitent remettre l’héritage coranique dans son contexte historique, et l’éclairer par des méthodes critiques. Or, s’il faut souligner combien leur démarche est féconde intellectuellement et urgente politiquement, on doit aussi admettre qu’elle est aujourd’hui loin d’être majoritaire. Dans une tribune publiée par Libération au lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo, le même Rachid Benzine n’hésitait pas à écrire, je le cite :  « Beaucoup de musulmans s’écrient : “Tout cela n’est pas l’islam !” (…) Ce n’est certes pas leur conception de l’islam, la manière dont ils vivent celui-ci dans l’intimité de leur cœur et en famille. Mais c’est néanmoins l’islam obscurantiste enseigné toutes ces dernières décennies dans la plupart des lieux de diffusion de la doctrine, de la culture de la piété ». A peine ai-je cité ces mots que je me pose la question : décrire cette réalité, n’est-ce pas nourrir les stigmatisations, faire le jeu pire ? Et à peine ai-je posé cette question que je me souviens d’une conversation avec un père dominicain, Nicolas-Jean Sed, qui avait résumé les choses d’une formule à mes yeux décisives, et qui trace la corde raide sur laquelle il nous faut nous tenir : « Sur ce genre de sujet, soit on dit les choses et on risque de faire le jeu de l’extrême droite, soit on ne dit rien et on n’est pas honnête ».

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