LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Pauline Delabroy-Allard

La caresse amoureuse et la vérité charnelle de la littérature

4 min
À retrouver dans l'émission

Le premier roman de Pauline Delabroy-Allard, "Ça raconte Sarah", dit la puissance vitale d’une musicienne drôle, impatiente, despotique, que rencontre la narratrice de ce roman, prof de lycée, mère d’une enfant qu’elle élève seule.

Pauline Delabroy-Allard
Pauline Delabroy-Allard Crédits : Delphine Chanet

Dans un roman, dès qu’apparaît une scène de sexe, on a l’impression qu’elle devrait se justifier. D’emblée plane le soupçon de l’exercice aguicheur, de la mécanique allumeuse, voués à chatouiller agréablement le lecteur. La scène de sexe est alors jugée comme une interruption plus ou moins efficace, méritant, au mieux, un satisfecit technique, au pire, un sourire navré.

    Il arrive pourtant que le texte soit mû par une passion assez sincère pour que l’étreinte, une fois posée sur le doux rectangle de papier, vienne non pas couper le mouvement de l’écriture, mais consacrer l’élan d’une pure affirmation. Ouvrons le premier roman de Pauline Delabroy-Allard, Ça raconte Sarah, qui paraît chez Minuit, et lisons à la page 49 : « Elle souffle sur mes cils, sa bouche tout près de la mienne. Elle murmure des mots d’amour qui me transpercent. Ses doigts sont loin, perdus en moi, elle joue au fond de mon ventre une musique qui me rend folle. Elle fait se tordre mon corps, se cabrer mes reins, elle ne s’arrête jamais. Elle va de plus en plus loin, de plus en plus vite, si bien que je ne suis plus qu’une poupée de chiffon, un pantin. »

    Dans le corps du texte, ces lignes s’imposent avec l’évidence d’une harmonie, elles intensifient les mille et une coïncidences qui émerveillent les deux amoureuses, et dont attestent, dans leur relation, les mots toujours si bien assortis, les choses tendrement ajustées. « Elle dit nous avons les cœurs qui battent à la même cadence, elle dit c’est fou cet unisson, c’est fou cette communion. Personne ne peut comprendre ça, personne », et celle qui croit pouvoir proclamer ces choses, avec la désarmante fatuité des amoureux, c’est Sarah, justement.

    La cadence, l’unisson, elle s’y connaît, elle qui gagne sa vie en jouant du violon dans un fameux quatuor. Ça raconte Sarah, donc, autrement dit la puissance vitale d’une musicienne drôle, impatiente, despotique, que rencontre la narratrice de ce roman, prof de lycée, mère d’une enfant qu’elle élève seule.

    Or quelques lignes suffisent à Pauline Delabroy-Allard pour que les affinités de ces deux jeunes femmes nous deviennent nécessaires. Certes, bientôt, la musique cédera la place à la maladie, leur dialogue se fera dispute, mettant face à face non seulement deux êtres épris mais aussi « un vampire » et « une veuve » qui, après avoir désiré la peau de l’autre, finiront par la vouloir. Néanmoins l’essentiel est ailleurs, dans l’amour intact, le délire harmonieux, la dérive rythmée, magnifiquement rendus par le soliloque de la narratrice, qui dit « l’amour en fuite » comme on vit une lente hémorragie. 

    Alors, sous la plume de Pauline Delabroy-Allard, nous y revoilà, le sexe en général, et la caresse amoureuse en particulier, deviennent bel et bien un exercice, oui, mais au sens noble d’une ascèse, d’un travail sur soi, propres à enfanter les plus brûlants écrits, la plus charnelle des vérités.

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......