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La cathédrale Notre-Dame 48h après son incendie

L'Eglise brûle-t-elle ?

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Alors que l'incendie de la cathédrale de Notre-Dame a ébranlé et désorienté, mais aussi réunit la France toute entière, l'essai du directeur de la rédaction de l’hebdomadaire "La Vie", se demande pourquoi, les chrétiens français apparaissent maintenant comme une minorité fragile.

La cathédrale Notre-Dame 48h après son incendie
La cathédrale Notre-Dame 48h après son incendie Crédits : ERIC FEFERBERG - AFP

L’autre soir, je sortais d’un petit café tabac situé à 100 m de la cathédrale quand j’ai entendu des gens crier dans la rue « Notre-Dame est en feu ! Notre-Dame est en feu ! », alors j’ai cavalé vers la Seine, c’était au début de l’incendie, on pouvait encore se tenir tout près, sur le joli pont de l’Archevêché, la police allait bientôt l’évacuer, et dès cet instant, comme d’autres, j’ai été frappé par l’émotion incroyablement concentrée qui unissait les femmes, les hommes, les enfants. Quelles que soient leurs origines ou leurs convictions, tous se serraient devant une cathédrale qui avait pu être, dans le passé, le symbole de divisions parfois maximales, mais dont l’embrasement fondait soudain un absolu rassemblement. Et à ce moment-là, je suis sûr que nous avons été nombreux à nous remémorer les mots de Marc Bloch dans son livre L’Etrange défaite, en 1940, ces lignes où il dit, je cite : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au sacre de Reims et ceux qui lisent sans émotion le récit de la Fête de la Fédération. » Voilà, ce texte faisait le lien entre l’ancienne France et celle de la Révolution, deux France désormais solidaires, malgré tout, par la grâce de ce que l’historien-résistant nommait « les authentiques mouvements d’âme ».

Les chrétiens, une confrérie de "zombies"

Alors, est-ce que Jean-Pierre Denis a aussi songé à Marc Bloch, au soir de l’incendie ? En tout cas, « l’étrange défaite » est une expression qu’on lit dans le bel essai que mon confrère de l’hebdomadaire La Vie vient de publier au Cerf, et qui s’intitule Un catho­lique s’est échappé. Cette expression vient assez tard sous sa plume, mais en réalité tout part de là, d’un constat angoissé : en France, dit Jean-Pierre Denis, les chrétiens apparaissent maintenant comme une minorité fragile, voire comme une confrérie de « zombies », selon le mot d’Emmanuel Todd, le tout sur fond d’abus et de scandales. « Mon métier, ce n’est pas Dieu, c’est la déprime », ironise ainsi Jean-Pierre Denis, qui est un journaliste mais aussi un prédicateur, et dont l’humour n’est pas la moindre ressource.

Les doutes nourrissent une foi redoublée 

Mais bien davantage qu’une lamentation sur l’état de cette communauté que Jean-Pierre Denis est né pour aimer, son essai se lit comme un manifeste où les doutes viennent nourrir une foi redoublée, parce que l’ardeur est toujours un abattement surmonté. « C’est quand je suis faible que je suis fort », disait Paul de Tarse, et c’est dans ce sillage que le patron de La Vie place son geste, lui qui ne veut rien occulter des périls menaçant l’Eglise aujourd’hui, lui surtout qui plaide pour des « valeurs faibles », hospitalité, humilité, fraternité (tout sauf des valeurs molles, martèle-t-il). Revenant sur son itinéraire de vie et de conversion, évoquant notamment le « chemin » de son père en de fortes pages, Jean-Pierre Denis proclame la joie d’une espérance qui se sait encore plus brûlante quand elle semble partir en fumée. Il dit : « Nous approfondirons notre christianisme. Nous le tremperons dans le feu. » 

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