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Les éditions Verdier fêtent leur 40 ans. Capture d'écran

Changer la langue pour changer le monde ! Les éditions Verdier ont 40 ans

3 min
À retrouver dans l'émission

1979 marque la fin d’une décennie agitée, incertaine. L'accumulation d'espoirs déçus poussent alors quatre anciens de la Gauche prolétarienne à bâtir un refuge pour "ceux qui étudient" : les écrivains, les historiens, les philosophes, les traducteurs... Les éditions Verdier étaient nées.

Les éditions Verdier fêtent leur 40 ans. Capture d'écran
Les éditions Verdier fêtent leur 40 ans. Capture d'écran

Aujourd’hui je voudrais souhaiter un joyeux anniversaire aux éditions Verdier, qui fêtent leurs 40 ans ! C’est une belle maison, indépendante, au catalogue solide, une maison qui se distingue par l’impulsion politique et spirituelle qui lui a donné son coup d’envoi, puisqu’elle a été créée par quatre anciens militants de la Gauche prolétarienne, la GP, comme on disait à l’époque, groupe maoïste fondé au lendemain de Mai 68 et qui a prononcé son auto-dissolution six ans plus tard. Nous sommes au milieu des années 1970, et les desperados du maoïsme français, qui avaient rêvé de casser l’histoire en deux, se retrouvent eux-mêmes brisés par l’accumulation des espérances déçues. Ils tentent alors de retomber sur leurs pieds : certains sont tentés par le terrorisme, d’autres sombrent dans la drogue, d’autres encore s’abandonnent à un silence morbide, mais plus nombreux sont ceux qui partent en quête des textes où ils pourront investir leur désir d’infini. A l’image de Benny Lévy, l’ancien chef de la GP, qui passe alors de Mao à Moïse et du Petit Livre rouge à la Torah, les éditions Verdier sont nées de cette conversion vitale, accomplie parmi les vignes des Corbières. « Folles vendanges, investies des restes de notre folie militante », résume Léo Lévy, épouse de Benny, dans son bouleversant récit intitulé A la vie (Verdier, 2013).

Bâtir une maison pour offrir un refuge

A l’origine, cette maison d’édition n’est donc littéralement que cela : une maison, située au lieu-dit Verdier. C’est là que fut prise la décision de dissoudre la GP, et c’est là que les éditions ont été crées par quatre « ex » du groupe, Colette Olive et Michèle Planel (qui les dirigent aujourd’hui), Benoît Rivero (qui s’était rapidement éloigné) et Gérard Bobillier, dit « Bob », qui est mort en 2009. J’avais eu la chance de le rencontrer, peu de temps auparavant, c’était une belle journée de printemps, il m’attendait, tout de noir vêtu, au café des Phares, place de la Bastille, à Paris. Sa mine fiévreuse, sa silhouette conspirative détonaient au milieu de l’allégresse touristique, et nous avions évoqué ses premières indignations politiques, au moment de la guerre d’Algérie, quand il avait quatorze ans, et aussi, bien sûr, son intense relation avec Benny Lévy, dont il était l’ange gardien. A propos de Verdier, « Bob » m’avait dit, je le cite : « J’ai décidé que mon rôle était de protéger ceux qui étudient plutôt que d’être moi-même au cœur du dispositif. Les livres que nous publions forment cette protection ». Protéger les écrivains Pierre Michon, Pierre Bergounioux ou Michèle Desbordes, protéger les historiens Carlo Ginzburg ou Patrick Boucheron, protéger les philosophes Jan Patocka ou Jean-Claude Milner, telle serait donc depuis toujours la vocation de cette maison qui n’en finit pas de donner refuge, au sens le plus convivial du terme, à de nombreux auteurs, traducteurs, libraires, lecteurs, voisins, bref à tout un collectif qui fut dès l’origine électrisé par un même élan, cet idéal originel qui demeure l’espoir maintenant : changer le monde ; changer la langue ; décider que ces deux gestes n’en font qu’un.

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