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Affiche de mai 68. Face aux critiques de la presse, il faut réaffirmer que les faits sont révolutionnaires.

Journalistes, seuls les faits sont révolutionnaires !

4 min
À retrouver dans l'émission

Dans un essai paru juste avant mai 68 et réédité aujourd'hui, le journaliste du "Monde" Jean Schwoebel avançait deux idées précieuses : les faits sont révolutionnaires et la presse a une vocation pédagogique.

Affiche de mai 68. Face aux critiques de la presse, il faut réaffirmer que les faits sont révolutionnaires.
Affiche de mai 68. Face aux critiques de la presse, il faut réaffirmer que les faits sont révolutionnaires.

Durant le soulèvement de Mai 68, les murs étaient recouverts d’affiches appelant au boycott de la presse dite « bourgeoise ». L’une de ces affiches, parmi les plus célèbres, montre une usine dont la cheminée se prolonge rageusement en un poing fermé, avec ce slogan : « Toute la presse est toxique ». Au même moment pourtant, un livre paraissait, qui réaffirmait la portée émancipatrice du journalisme, pour peu qu’il soit libre et exigeant.

Ce livre se trouve aujourd’hui réédité au Seuil, dans la belle collection de Maurice Olender, « La Librairie du XXIè siècle », et à l’initiative de son ami Edwy Plenel. Il s’intitule La Presse, le pouvoir et l’argent. Son auteur, Jean Schwoebel, était une grande plume du Monde, qui a marqué l’histoire des pages diplomatique du quotidien et, plus généralement, le destin de la presse française, puisqu’il a joué un rôle important dans la constitution des « sociétés de rédacteurs », ces précieux collectifs qui visent à garantir l’indépendance de leurs rédactions. 

Faits révolutionnaires, vocation pédagogique de la presse

Dans cet essai paru, donc, juste avant l’explosion de Mai, Jean Schwoebel avançait au moins deux idées qui sont plus précieuses que jamais. D’un côté, face à la dérive commerciale des journaux, il réaffirmait la portée révolutionnaire de l’information : les faits sont révolutionnaires, disait-il, dans la mesure où souvent ils dérangent des habitudes établies et de puissants intérêts. 

D’un autre côté, il soulignait la vocation pédagogique de la presse lorsqu’elle se respecte, lorsqu’elle respecte ses lecteurs et ses lectrices, surtout. Comme le notait le philosophe Paul Ricoeur dans sa préface, « par la presse, chacun de nous apprend l’histoire du présent, s’essaie à comprendre son temps, non seulement au niveau des faits et des événements, mais des changements profonds ; l’information est ainsi une des ripostes les mieux ajustées à l’émiettement des savoirs et des techniques ; elle joue un rôle de suppléance dans l’immense domaine des incompétences de chacun ». 

Voilà, tout tourne autour des faits, les faits en tant qu’ils sont révolutionnaires, d’abord, les faits en tant qu’ils doivent être éclairés, expliqués, protégés contre ceux qui voudraient les étouffer, ensuite. Cinquante ans après Mai 68, et alors que certains prétendent casser la baraque journalistique en misant sur un violent poujadisme antimédiatique, il faut rappeler cette grande leçon de notre aîné Jean Schwoebel : on ne peut pas se réclamer de l’éducation populaire, et encore moins de la subversion politique, si on ne respecte pas les faits. Répandre ou reprendre des fake news, c’est enterrer la vérité révolutionnaire des faits sous le cynisme réactionnaire de leur négation. Au prétexte de la rébellion, on nourrit alors une périlleuse dépolitisation. Et on renonce à l’éducation de toutes et de tous pour miser sur l’universel abrutissement. 

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