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Jacques julliard dans sa maison à Bourg-la-Reine en 2003

Jacques Julliard, l'obstiné solitaire

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À retrouver dans l'émission

Retour sur une rencontre avec l'historien-journaliste Jacques Julliard, homme engagé aux multiples facettes.

Jacques julliard dans sa maison à Bourg-la-Reine en 2003
Jacques julliard dans sa maison à Bourg-la-Reine en 2003 Crédits : Marc GANTIER - Getty

Je suis allé rencontrer l'historien-journaliste Jacques Julliard dans sa maison de Bourg-la-Reine, en banlieue parisienne, mais auparavant  j’avais demandé une recherche aux  documentalistes du « Monde »,  et parmi les documents qu’ils ont retrouvé, il y a une page datant de 1956, une page dite « Correspondance », où l’on repère rapidement un courrier expédié par un certain Jacques Julliard, alors militant syndical à l’UNEF. Dans cette lettre au « Monde », le jeune homme, âgé de 23 ans, citait notamment une formule du philosophe personnaliste Emmanuel Mounier, qui disait ceci : « Il arrive que l’histoire récompense ceux qui s’obstinent et qu’un rocher bien placé corrige le cours d’un fleuve »… Six décennies plus tard, Julliard demeure un obstiné solitaire qui se cramponne encore à son rocher, lequel présente de multiples faces. 

La première d’entre elles, bien qu’usée par plusieurs vagues de déceptions, est l’héritage social-démocrate. Julliard s’en réclame toujours, lui qui fut l’un des intellectuels emblématiques de la « deuxième gauche ». De tous les milieux qu’il a fréquentés, dit-il, celui du militantisme ouvrier aura toujours sa prédilection. « J’ai laissé mon coeur là-bas », confie l’ancien syndicaliste de la CFDT, qui précise ne plus vibrer pour aucun parti.  

A la limite, si Julliard devait encore s’inscrire dans un parti, ce serait celui de la littérature, et voici une deuxième face du rocher. Car ce grand lecteur se fait une haute idée des écrivains et de leur rôle politique. Si la vocation spécifique de la France, comme il en est convaincu, est de montrer le chemin de l’universel, alors cette vocation engage une certaine relation à la littérature.        

Au journalisme, aussi, et voici la troisième face du rocher. Alors que la plupart des intellectuels contemporains trouveraient dégradant qu’on les assimile à des journalistes, Jacques Julliard revendique fièrement ce statut. Lui qui est normalien, agrégé, auteur de travaux sur le syndicalisme révolutionnaire, considère que ses chroniques prolongent son enseignement.

Pourtant, ces trois faces du rocher julliardien, la social-démocratie, la littérature, le journalisme, ne sauraient assurer à elles seules la stabilité de l’ensemble. Cette stabilité dépend en réalité d’une quatrième face, plus  spirituelle. L’historien-journaliste avait pour mère une fervente catholique. Au cours de ses études, il a rencontré des professeurs et des aumôniers, qui consolidèrent sa foi. Depuis, il  considère l’Evangile comme la seule vraie force de résistance au règne de l’argent-roi. Ainsi, à ceux qui raillent son itinéraire, lui reprochant d’être passé du personnalisme au conservatisme, de Mounier à Dassault, et d’Esprit au Figaro, Julliard oppose la tradition de Péguy ou de Bernanos, ces chrétiens qui n’étaient jamais là où on les attendait, préférant se contredire plutôt que de se renier, au risque de passer pour traîtres : « Partout et toujours, je me suis senti minoritaire, argue Julliard. Chaque fois que je me suis trouvé majoritaire quelque part, je me suis demandé quelle connerie j’étais en train de faire ! »

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