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Clément Rosset

Clément Rosset, philosophe au fou rire

4 min
À retrouver dans l'émission

Hommage à Clément Rosset qui vient de disparaître, ce philosophe "ivre vivant".

Clément Rosset
Clément Rosset Crédits : Louis MONIER - Getty

Aujourd'hui je voudrais rendre hommage à Clément Rosset, qui vient de disparaître. Ce philosophe de la joie et du tragique, je ne peux pas dire que je l’ai bien connu, mais j’ai été, comme beaucoup d’autres, marqué par ses textes, par sa présence aussi, cette présence tendrement narquoise qui parfois vous mettait mal à l’aise, déclenchant la gêne, le sourire nerveux, voire le franc fou rire, et je me souviendrai toute ma vie de l’incroyable fou rire que nous avait offert cet homme qui vient de mourir, c’était en 2011, au Forum Philo du Monde, que nous organisons chaque année au Mans, nous étions à la tribune avec Clément Rosset et Raphaël Enthoven, qui s’en souvient aussi parfaitement, Rosset était arrivé non pas « ivre mort », mais « ivre vivant », comme il aimait dire, on s’était tous mis à tanguer, à bafouiller, à merdoyer, à un moment un homme dans la salle avait crié « on ne comprend rien ! », et Rosset avait répondu, tout simplement « Tant mieux ! ». On avait ri comme des enfants, d’un rire immense, impossible à arrêter, et c’était un peu embarrassant car il y avait quand même 1000 personnes dans la salle, mais le public du Forum philo s’était mis à rire aussi et avait accueilli ce qu’il y avait de profond, et de fécond, dans ce rire fou que Rosset avait orchestré, les lèvres presque figées et l’oeil mi-clos, ce jour-là. 

Je dis orchestrer car vous savez que ce grand chasseur d’illusions était un philosophe musicien, ou un musicien philosophe, venu aux joies de la pensée par une infinie méditation sur la nature de la jubilation musicale ; cela confère à son oeuvre un tempo tout particulier, mais cela lui conférait aussi à lui, en tant qu’homme, une magnifique manière de tendre l’oreille, une attention particulière à la vibration des corps, bref une écoute sensible, toujours plus ou moins amoureuse au fond, qui devait déstabiliser les postures savantes et l’orgueil théorique. Ce tempo de Clément Rosset, on le retrouve dans ses livres, Le Monde et ses remèdes, Logique du pire, Le Réel et son double, Loin de moi ou encore En ce temps-là… 

Justement, le fameux Forum Philo, dont je vous parlais, était consacré au temps, et je voudrais pour finir vous citer un passage du texte qu’il avait fini par me rendre pour les actes, c’est paru en Folio sous le titre « Où est passé le temps ? », et Clément Rosset avait une fois de plus mobilisé la musique en disant, je le cite : « On pourrait comparer la vie d’un homme au malaise d’un concertiste virtuose qui attendrait en vain le moment d’intervenir dans la partition d’orchestre avec laquelle un chef malfaisant lui interdirait toujours de coïncider. Ici, vous êtes parti trop tard, lui dit le chef d’orchestre après le concert. Là, c’était trop tôt. La partition du soliste et la partition d’orchestre ne se rencontrent jamais, pas plus que la partition métronomique du temps et la partition mouvante de la vie ». 

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