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Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) le 18 octobre 2017 à l'Assemblée Nationale.

Mélenchon, l'Europe et la Vierge

3 min
À retrouver dans l'émission

Le chef de file de la France insoumise exige que le drapeau européen soit retiré de l’Assemblée nationale car il reprend une symbolique associée à la Vierge. La laïcité ne saurait pourtant se confondre avec un principe d’éradication de la religion.

Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) le 18 octobre 2017 à l'Assemblée Nationale.
Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) le 18 octobre 2017 à l'Assemblée Nationale. Crédits : Philippe LOPEZ - AFP

En raison d'un mouvement de grève ce 19 octobre, cette émission n'est pas disponible à la réécoute.

Ce matin je voudrais vous parler de Mélenchon, de l'Europe et de la Vierge. Comme vous le savez, le chef de file de la France insoumise exige que le drapeau européen soit retiré de l’Assemblée nationale. A l’appui de sa démarche, il met en avant le principe de laïcité, et fait valoir que la bannière de l’Europe reprend une symbolique associée à la Vierge. Pour lui, l’idée que la bannière de l’Europe puisse s’inspirer d’une imagerie chrétienne est insupportable.

Mais, tout bien considéré, on ne voit pas bien pourquoi cela serait si insupportable. Après tout, pendant des siècles, Europe et chrétienté étaient synonymes. S’il y avait quelque chose comme une conscience européenne, cet esprit partagé coïncidait avec une commune spiritualité. Dire cela, ce n’est pas verser dans une vision réactionnaire du passé. Un marxiste comme le Britannique Eric Hobsbawm, par exemple, écrivait que l’Europe fut longtemps « le continent spécifique de la chrétienté » avant de conclure : « Le christianisme est un élément indéracinable de l’histoire européenne. »

Les héritages spirituels dans nos imaginaires

Et la laïcité dans tout ça, dira-t-on ? N'est-ce pas ce principe que Mélenchon et ses amis veulent défendre ? Si, et l’intention est des plus louables. Mais dans ce cas, il faut préciser que la laïcité ne saurait se confondre avec un principe d’éradication de la religion. Au contraire, quiconque veut remettre la religion à sa place doit commencer par lui en donner une, de place. Cela implique de reconnaître la trace vivante des héritages spirituels dans nos imaginaires, et par exemple dans notre langage politique. Comme le rappelait le philosophe Jacques Derrida, qui n’était pas spécialement un bigot, beaucoup de mots que nous utilisons pour parler politique demeurent gorgés de théologie. Cela concerne en particulier l’un des termes préférés de Mélenchon, « universel », qui est le sens même du mot... « catholique ». Bref, si Mélenchon considère qu’une politique digne de ce nom, c’est une politique coupée de ses sources religieuses, alors il ne leur reste plus qu’à choisir le silence.

Alors, bien sûr, on remarquera que c’est déjà en partie ce qu’il fait, dès que la religion se manifeste sur la scène politique. Ainsi Mélenchon est-il de ceux qui proclament que les attentats djihadistes n’ont « rien à voir » avec l’islam, et ici la contradiction éclate : cette gauche voit la Vierge partout sur la bannière de l’Europe mais refuse de discerner la moindre trace de religion sur celle de l’Etat islamique. Pour elle, l’oriflamme bleue de l’Europe masque le sombre étendard de l’obscurantisme, mais le drapeau noir de l’EI, lui, ne serait qu’un chiffon rouge agité par ceux qui veulent occulter les questions sociales.

L'expérience européenne de la laïcité

Un tel discours prétend lutter pour l’émancipation sociale, quand en réalité il en sape l’un des principaux fondements : l’expérience européenne de la laïcité. Autrement dit la façon dont cette civilisation a voulu séparer le politique et le religieux en menant, à leur égard, un patient et périlleux travail de réarticulation. Il y a là une expérience fragile, qui a nourri une identité européenne elle-même si précaire et toujours en mouvement. Une expérience d’autant plus fragile qu’elle suscite aujourd’hui un regain de haine chez les sectaires de toutes obédiences. Y compris chez les adeptes d’un progressisme à la mémoire... vierge.

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