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Mehdi Meklat

Mehdi Meklat, l'Arabe imaginaire

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Le jeune homme à l'ascension médiatique fulgurante publie un plaidoyer pro domo après sa chute tout aussi fulgurante suite à une série de messages homophobes, racistes, misogynes ou antisémites, publiés sur Twitter à l’époque où il y sévissait sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps.

Mehdi Meklat
Mehdi Meklat Crédits : Delphine Goldsztejn / LE PARISIEN - Maxppp

Je voudrais revenir sur la fameuse "affaire Meklat". On se souvient de Mehdi Meklat, ce jeune homme à l’ascension fulgurante, recruté à 17 ans par France Inter, bientôt consacré à la « une » des Inrocks et même convié par François Hollande à l’Elysée. Et on se souvient aussi qu’en février 2017, du jour au lendemain, le même Mehdi Meklat s’est soudain retrouvé à terre, conspué par les gens qui la veille encore l’adulaient. Au coeur de cette affaire, il y avait une série de messages homophobes, racistes, misogynes ou antisémites, publiés par Meklat, sur Twitter à l’époque où il y sévissait sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps.

Part d'ombre?

     Alors, quel était le statut exact de cet avatar ? A lire le plaidoyer pro domo qu’il publie aujourd’hui, chez Grasset, sous le titre Autopsie, il est difficile de trancher. D’un côté, Meklat affirme que Marcelin Deschamps représente, je cite, « la part d’ombre que l’on a en chacun de nous ». Mais, de l’autre, il en fait le masque derrière lequel il s’avançait, de façon assumée, pour défier les figures médiatiques qui l’avaient adoubé.

     Or, le plus pathétique, ou le plus émouvant, dans ce livre, c’est précisément que tout y dit l’inverse : non seulement le jeune Meklat n’aura pas parlé « contre » les journalistes qui l’avaient élu, mais il aura parlé « pour » eux, à leur place, prenant en charge des mots qu’ils ne pouvaient pas s’autoriser. Ici même, raconte-t-il, dans les couloirs de la Maison de la radio, quand il admettait être l’auteur des tweets de Marcelin Deschamps, « les gens explosaient de rire, ils disaient “mais où tu trouves toute cette inspiration”, et moi j’en rajoutais ». « C’était peut-être cela, Marcelin Deschamps, conclut Meklat, un personnage qu’ils étaient tous à l’intérieur, mais qu’ils n’osaient pas exprimer ».

Comédie médiatique

     Personnage, tel est le mot-clef, tant ce livre nous oblige à regarder en face une certaine comédie médiatique et le jeu de dupes dont elle se nourrit. A le lire, on pense aux textes du grand sociologue américain Erving Goffman, qui fait de la vie sociale un vaste théâtre. Au quotidien, dit Goffman, nous acceptons ou non de jouer tel ou tel rôle, et chacun met autrui en position de lui donner la réplique. A cette aune, si Meklat aime se présenter comme une victime du « système », il apparaît plutôt comme un acteur qui a joué le jeu. Et alors on peut lire autrement les beaux passages qu’il consacre à sa famille, laquelle ne correspond guère, socialement et culturellement, à ce que le préjugé commun projette spontanément sur ce nom, « Mehdi Meklat ».

     Du même coup, on constate aussi à quel point, pour passer la rampe, le jeune homme a dû donner le change, et incarner l’idée uniforme qu’on se fait souvent de la « diversité ». Afin de complaire à ses mentors médiatiques, Mehdi Meklat a endossé le personnage de « l’Arabe imaginaire », au sens où Alain Finkielkraut parlait, jadis, du « Juif imaginaire ». Autrement dit un Arabe pour l’image, connaissant son rôle sur le bout des doigts, « concessionnaire » du colonialisme, « pantouflard » de l’exil, « resquilleur » de la discrimination (pour paraphraser Finkielkraut). Il n’y a donc nul hasard si les dernières pages de ce livre décrivent la chaleureuse rencontre de Meklat avec Finkielkraut, ce philosophe qui écrivait jadis, en 1980, dans Le Juif imaginaire : « Puceaux historiques, nous avions la suffisance de ceux qui ont connu l’épreuve du feu, l’expérience du déniaisement. Nous étions cette monstruosité : des poupons ricaneurs ».

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