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Emmanuel Macron au sommet européen le 22 juin à Bruxelles

"Nous, Européens", une communauté impossible ?

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Le moment que nous traversons rend nécessaire, comme jamais peut-être, l’invention ou la réinvention de ce fameux et impossible "Nous, Européens".

Emmanuel Macron au sommet européen le 22 juin à Bruxelles
Emmanuel Macron au sommet européen le 22 juin à Bruxelles Crédits : ALEXANDROS MICHAILIDIS / SOOC - AFP

Le président français insiste beaucoup sur la vocation spécifique de l’Europe dans le monde contemporain, on l’a vu, récemment, lors de sa passe d’armes avec le chef du gouvernement polonais, ou lors de sa conférence devant les ambassadeurs de France, réunis à Paris, au cours de laquelle Macron a notamment déclaré, je cite, « l’Europe est un des derniers havres où les idéaux des Lumières que sont la démocratie élective et représentative, le respect de la personne humaine, la tolérance religieuse et la liberté d’expression, la croyance au progrès, sont encore largement partagés et nourrissent encore un horizon collectif. Ces idéaux, je les appelle nos biens communs ». Or l’utilisation de ce possessif, cette manière de dire « nos biens communs », et donc de dessiner quelque chose comme un « nous, Européens », en réalité cela n’a rien d'évident.

La nécessité d'une Europe réinventée

De génération en génération, nous avons appris que ce « Nous, Européens », désignait une communauté impossible. Dès l’origine mythologique, Europe est le nom d’un rapt, d’un arrachement, d’une non-coïncidence à soi. Depuis lors, il semble admis que l’Europe ne saurait adhérer à aucun « nous », que l’unité du Vieux Continent tiendrait à son morcellement, que son identité résiderait dans l’ouverture aux autres, bref, le propre de l’Europe serait de n’avoir rien en propre, sinon « une appropriation de ce qui lui est étranger », selon un mot fameux du philosophe Rémi Brague. Du reste, le XXe siècle totalitaire a démontré combien l’Europe se trahit quand elle prétend coïncider avec un « nous » exclusif, qu’il soit aryen ou prolétarien. Et pourtant, le moment que nous traversons rend nécessaire, comme jamais peut-être, l’invention ou la réinvention de ce fameux et impossible « Nous, Européens ».

L'Europe, lieu d'une différence décisive

Parce que l'Europe semble à la fois divisée et affaiblie, elle apparaît comme cette « pauvre chère vieille chose » dont parlait jadis Edgar Morin, et dans ce monde où l’Europe se trouve peu à peu marginalisée, il se pourrait que sa singularité importe. Que son identité introuvable, que son unité impossible lui confèrent une nouvelle vocation. Bref, que son héritage critique soit plus précieux que jamais. Face à la terreur djihadiste, au despotisme poutinien ou aux délires trumpistes, le Vieux Continent pourrait se proposer comme lieu d’une différence décisive, et donc d'un nous fragile et contradictoire, certes, toujours en mouvement, bien sûr, mais un « nous » quand même. A l’horizon d’enjeux aussi cruciaux que la laïcité, la justice sociale ou l’écologie, ce « nous, Européens » engage bien plus qu’un espace géographique ou un patrimoine historique : il dit l’urgence d’une responsabilité.

Par Jean Birnbaum

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