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Aimé Césaire à Fort-de-France en 1987

"Plus on est nègre, plus on est universel" : Césaire, une pensée contemporaine de la différence

3 min
À retrouver dans l'émission

En pensant la "négritude", Aimé Césaire a largement développé dans son œuvre la dialectique entre universel et différence. Un héritage dont nous devons nous souvenir aujourd'hui.

Aimé Césaire à Fort-de-France en 1987
Aimé Césaire à Fort-de-France en 1987 Crédits : Philippe Giraud - Getty

Les Nouvelles Éditions Place viennent de publier l’intégrale des œuvres politiques d'Aimé Césaire - 5 volumes et 459 documents, discours, lettres, articles, tracts… À cette occasion, un hommage a été rendu à Césaire, pas plus tard qu’hier, au Panthéon, histoire de saluer ce poète martiniquais dont la pensée de la "négritude", entre autres, irrigue encore aujourd’hui non seulement certains débats de société mais aussi la culture populaire et musicale. Je voudrais d’ailleurs vous faire écouter un extrait d’un morceau intitulé Négritude, où le rappeur Youssoupha fait retentir la belle voix d’Aimé Césaire. 

Voilà. Ce que j’entends à travers cette voix, dans ces paroles de Césaire, c’est une certitude, l’affirmation vivante que l'universel est tout sauf une aventure facile. Plutôt que l’étouffement des identités particulières, l’universel exige leur reconnaissance. On y accède moins par l'effacement que par l'intensification de soi, en faisant rayonner sa propre différence. 

Construire l’universel en dynamitant les essentialismes

Du reste, cette idée qu’on trouve chez Césaire est relancée, aujourd’hui, par une nouvelle génération d’intellectuels qui tentent de repenser à nouveaux frais les questions de l’identité, de la différence et de l’authenticité, et parmi ces intellectuels je voudrais nommer Nadia Yala Kisukidi. Kisukidi est philosophe, elle est née à Bruxelles d’une mère franco-italienne et d’un père congolais, elle a soutenu une thèse sur Henri Bergson et elle mène aujourd’hui une réflexion qui s’inscrit dans le champ des études africaines, impliquant notamment une explication frontale avec le concept de "négritude", et donc un dialogue critique avec l’héritage d’Aimé Césaire. J’ai rencontré Nadia Yala Kisukidi en début de semaine, elle m’a raconté avoir découvert Césaire quand elle était lycéenne à Amiens. "La façon dont je me logeais dans la question noire me renvoyait à Césaire", m’a-t-elle confié, avant de préciser que ce qu’elle aime tout particulièrement, chez cet auteur, c’est sa manière de construire l’universel en dynamitant les essentialismes, les séparatismes, pour bâtir ce qu’elle nomme "une politique des solidarités". 

Dans la parole de Kisukidi comme dans le discours de Césaire ou le rap de Youssoupha, on retrouve donc une même conviction touchant l’universel : l'identité minoritaire n'est pas un obstacle, au contraire, elle est la condition nécessaire à l'invention d'un universel exigeant, d'une cause commune, bref d'une liberté partagée.

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