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Lycéens pendant une épreuve du baccalauréat au Lycée Pasteur à Strasbourg en juin 2018
Épisode 4 :

Remise des copies

58 min
À retrouver dans l'émission

La Compagnie joue le jeu du bac, et propose le corrigé d'une épreuve de français. Au programme : le commentaire d'un extrait de "La Curée" de Zola et une dissertation : "Dans un roman, les personnages ambitieux sont-ils les plus intéressants?"

Lycéens pendant une épreuve du baccalauréat au Lycée Pasteur à Strasbourg en juin 2018
Lycéens pendant une épreuve du baccalauréat au Lycée Pasteur à Strasbourg en juin 2018 Crédits : Frederick Florin - AFP

La Compagnie des auteurs remet aujourd'hui ses copies du bac français. A partir d'un sujet de corpus, Hélène Merlin-Kajman, professeure de littérature à l'Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle ; Gautier Amiel, agrégé de lettres modernes et professeur de français au lycée Frédéric Mistral de Fresnes ; et Garance Mazelier, étudiante en littérature, proposent leurs idées et leurs plans. 

Retrouvez ici le corpus complet.

  • Le sujet du commentaire de texte : un extrait de La Curée d'Emile Zola (1871)

[Aristide Rougon, dit Saccard, est un homme sans scrupules qui évolue dans un Paris en pleine transformation. Il a l'intention de profiter des grands travaux initiés par le baron Haussmann, préfet de la Seine, pour faire fortune.]

Leur table était placée devant une des fenêtres. Ce spectacle des toits de Paris égaya Saccard. Au dessert, il fit apporter une bouteille de bourgogne. Il souriait à l'espace, il était d'une galanterie inusitée. Et ses regards, amoureusement, redescendaient toujours sur cette mer vivante et pullulante, d'où sortait la voix profonde des foules. On était à l'automne ; la ville, sous le grand ciel pâle, s'alanguissait, d'un gris doux et tendre, piqué çà et là de verdures sombres, qui ressemblaient à de larges feuilles de nénuphars nageant sur un lac ; le soleil se couchait dans un nuage rouge, et tandis que les fonds s'emplissaient d'une brume légère, une poussière d'or, une rosée d'or tombait sur la rive droite de la ville, du côté de la Madeleine et des Tuileries. C'était comme le coin enchanté d'une cité des Mille et une Nuits, aux arbres d'émeraude, aux toits de saphir, aux girouettes de rubis. Il vint un moment où le rayon qui glissait entre deux nuages, fut si resplendissant, que les maisons semblèrent flamber et se fondre comme un lingot d'or dans un creuset.
  « Oh ! vois, dit Saccard, avec un rire d'enfant, il pleut des pièces de vingt francs dans Paris ! »
  Angèle se mit à rire à son tour, en accusant ces pièces-là de n'être pas faciles à ramasser. Mais son mari s'était levé, et s'accoudant sur la rampe de la fenêtre:
  « C'est la colonne Vendôme, n'est-ce pas, qui brille là-bas ? Ici, plus à droite, voilà la Madeleine... Un beau quartier, où il y a beaucoup à faire. Ah ! cette fois, tout va brûler ! Vois-tu ?... On dirait que le quartier bout dans l'alambic de quelque chimiste.»
  Sa voix devenait grave et émue. La comparaison qu'il avait trouvée parut le frapper beaucoup. Il avait bu du bourgogne, il s'oublia, il continua, étendant le bras pour montrer Paris à Angèle qui s'était également accoudée, à son côté :
  « Oui, oui, j'ai bien dit, plus d'un quartier va fondre, et il restera de l'or aux doigts des gens qui chaufferont et remueront la cuve. Ce grand innocent de Paris ! vois donc comme il est immense et comme il s'endort doucement ! C'est bête, ces grandes villes ! Il ne se doute guère de l'armée de pioches qui l'attaquera un de ces beaux matins, et certains hôtels de la rue d'Anjou ne reluiraient pas si fort sous le soleil couchant, s'ils savaient qu'ils n'ont plus que trois ou quatre ans à vivre. »
  Angèle croyait que son mari plaisantait. Il avait parfois le goût de la plaisanterie colossale et inquiétante. Elle riait, mais avec un vague effroi, de voir ce petit homme se dresser au-dessus du géant couché à ses pieds, et lui montrer le poing, en pinçant ironiquement les lèvres.
  « On a déjà commencé, continua-t-il. Mais ce n'est qu'une misère. Regarde là-bas, du côté des Halles, on a coupé Paris en quatre... »
  Et de sa main étendue, ouverte et tranchante comme un coutelas, il fit signe de séparer la ville en quatre parts.
  « Tu veux parler de la rue de Rivoli et du nouveau boulevard que l'on perce ? demanda sa femme.
  – Oui, la grande croisée de Paris, comme ils disent. Ils dégagent le Louvre et l'Hôtel de Ville. »

  • Sujet de dissertation : "Dans un roman, les personnages ambitieux sont-ils les plus intéressants?" 

A 15h55 : Jacques Bonnaffé clôt cette semaine de lectures, intitulée "L'étonnement d'avoir des mots", autour de l'artiste et homme de théâtre Valère Novarina. 

Pour aller plus loin : retrouvez dans ce dossier les émissions des années précédentes, avec des conseils méthodologiques, des parcours d’œuvres et des corrigés proposés par des élèves, des professeurs et des écrivains. Au programme : roman, théâtre, poésie, argumentation, mais aussi grands courants littéraires.

Retrouvez également les autres émissions de la chaîne, spécialement consacrées au baccalauréat 2019. 

MUSIQUE GÉNÉRIQUE : Panama, de The Avener (Capitol) fin : Dwaal, de Holy Stays (Something in Construction)

MUSIQUE CHRONIQUE : Self portrait de Chilly Gonzales (Gentle threat)

Chroniques

15H54
3 min

Jacques Bonnaffé lit la poésie

Valère Novarina - L'étonnement d'avoir des mots (4/4) : Ce trou d'mort à langues trouées

Bibliographie

La curée

La CuréeÉmile ZolaGallimard/ Folio Classique, 1999

Intervenants

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