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Les élèves ("brutions") du Prytanée militaire de la Flèche quittent le collège à l'issue de la fête de Trime qui marque la fin de l'année scolaire, le 20 juin 2004 à la Flèche
Épisode 4 :

Antoine Compagnon : L'école, pour quoi faire ?

59 min
À retrouver dans l'émission

La semaine consacrée aux romans de l'école s'achève dans une autre école militaire avec Antoine Compagnon (1950 - ) et ses souvenirs de lycée évoqués dans La Classe de rhéto, une oeuvre publiée en 2012.

Les élèves ("brutions") du Prytanée militaire de la Flèche quittent le collège à l'issue de la fête de Trime qui marque la fin de l'année scolaire, le 20 juin 2004 à la Flèche
Les élèves ("brutions") du Prytanée militaire de la Flèche quittent le collège à l'issue de la fête de Trime qui marque la fin de l'année scolaire, le 20 juin 2004 à la Flèche Crédits : JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP - AFP

Le bahut

Le narrateur est un jeune homme de quinze ans. Il a grandi à l'ombre des grandes capitales du monde : Londres, Tunis, Washington et Paris, au gré des affectations de son père, militaire de carrière. En France, il intègre un internat militaire, "La Flèche", près de la ville du Mans. L'établissement est un lieu retiré, les élèves ne côtoient pas le monde extérieur, ne reçoivent pas d'informations puisqu'ils ne sont pas autorisés à lire la presse ou à écouter la radio :

Au bahut, la plupart des élèves n’avaient de passion pour rien, ou bien s’ils avaient une admiration, ils la gardaient secrète pour qu’elle ne fût pas profanée par la collectivité. L’internat avait privé la plupart des élèves de tout enthousiasme. (Antoine Compagnon, La classe de rhéto, Paris, Gallimard, 2012)

Les bizuts intègrent aussi un entre-soi étouffant. La privation de loisirs, de culture, d'imaginaire fait d'eux des êtres éteints. 

La rhéto

L'extinction des feux s'effectue chaque soir trop tôt, ne laissant pas de temps libre. La recréation d'une certaine dynamique passe par les lettres, la rhétorique :

Cette année-là, la 5e compagnie, peut-être parce qu’il revenait traditionnellement aux vétérans du petit bahut, aux rhétos — on ne disait pas la « classe de première », mais la « rhétorique », comme avant 1902 dans tous les lycées de France, ou la « rhéto » tout court, plutôt —, de montrer l’exemple de l’indiscipline, ou bien parce notre promotion était particulièrement réfractaire (je ne saurais le dire, puisque je suis arrivé cette année-là seulement et n’ai pas eu de quoi comparer), en tout cas les rhétos protestèrent souvent contre l’extinction des feux, qu’ils jugeaient prématurée, et ils n’avaient pas tort si, comme je crois m’en souvenir, l’électricité nous était coupée dans les dortoirs à neuf heures et quart. (Antoine Compagnon, La classe de rhéto, Paris, Gallimard, 2012)

La classe de "rhéto" a été déterminante dans le parcours du narrateur, comme elle l'a été dans la vie de l'auteur. Cette année-là, l'élève de "la Flèche" renoue avec le savoir, lui qui était accoutumé au savoir tel qu'il était enseigné aux Etats-Unis. Mais paradoxalement, il le détourne de l'objectif premier de la formation : intégrer l'armée.

La vocation

C'est au cours de ses années de formation militaire que Compagnon s'est fait écrivain. Dès lors, son personnage n'est plus à sa place parmi les "ñass", d'après le surnom donné aux pensionnaires de l'établissement : 

La lecture se pratiquant dans le silence et la solitude, elle était jugée aussi dangereuse qu’une drogue par nos gradés, car qui a lu lira. Un ñass qui lisait, qui s’absorbait dans les livres, les militaires avaient l’impression qu’il leur échappait, qu’ils ne contrôlaient plus sa pensée, qu’il tournait mal, qu’il était perdu pour le service. (Antoine Compagnon, La classe de rhéto, Paris, Gallimard, 2012)

Par les livres, il renoue aussi avec un pays qu'il n'apprend à connaître qu'au cours de son adolescence. Il désobéit aussi, fait preuve d'insoumission en ne cédant pas à la morosité obligée, face aux "ñass", aux "brutions", les autres élèves dont il se démarque absolument. La classe de "rhéto" est son bon de sortie de l'école militaire où il ne reviendra pas :

Il y avait tant de choses auxquelles résister : la dépression, la mélancolie, le mal du pays — mais quel pays ? —, l’ennui, la routine, l’aliénation, la servitude, l’ordre, la facilité, et surtout cette irrésistible apathie mentale qui prenait possession de la plupart des ñass avec la privation de liberté et qui leur ôtait tout esprit d’initiative, les dressait à l’obéissance et les rendait à jamais dépendants. (Antoine Compagnon, La classe de rhéto, Paris, Gallimard, 2012)

À 15 h 30, Stéphanie Genand nous parle des femmes qui ont écrit sur l'école. 

MUSIQUE GÉNÉRIQUE: Panama, de The Avener (Capitol) fin : Dwaal, de Holy Stays (Something in Construction).

MUSIQUE CHRONIQUE: Self portrait de Chilly Gonzales (Gentle threat).

Bibliographie

Intervenants
  • Écrivain
  • Professeur à l'Université de Bourgogne, spécialiste de la littérature du XVIII° siècle, présidente de la société des études Staëliennes
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