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Victor Segalen. Wikipédia
Épisode 3 :

L'Arcadie de Segalen

58 min
À retrouver dans l'émission

Un autre pan de l'exotisme de Segalen : la Polynésie et les arts.

Nave Nave Mahana (Jour délicieux, 1896), musée des beaux-arts de Lyon. Premier tableau de Gauguin acheté par un musée français en 1913.
Nave Nave Mahana (Jour délicieux, 1896), musée des beaux-arts de Lyon. Premier tableau de Gauguin acheté par un musée français en 1913.

Colette Camelin est professeure émérite de littérature française à l'Université de Poitiers. Présidente de l'Association Victor Segalen, elle a co-dirigé la parution des actes du colloque de Cerisy : Victor Segalen, "attentif à ce qui n'a pas été dit" (Hermann, 2019). Elle est également responsable de l'édition des Cahiers Victor Segalen, qui ont donné lieu à deux parutions chez Honoré Champion : Exotisme et altérité : Segalen et la Polynésie (2015) et Œuvres critiques - Premiers écrits sur l'art - Gauguin, Moreau, Sculpture (2011). 

L'exotisme de Segalen est d'abord une complexe fascination pour l'Autre, comme nous le voyons en évoquant ses positions à l'égard de la colonisation et des liens entre les peuples. 

Voici un fait : je conçois autre et sitôt, le spectacle est savoureux. Tout l'exotisme est là. - Victor Segalen, Essai sur l'exotisme

L'exotisme de Segalen, également proche de l'érotisme, est autant une attirance vers un ailleurs qu'un autrefois. Tout comme Gauguin, le poète écrivain veut recréer dans son oeuvre la splendeur d'un âge d'or qu'il découvre déjà perdu et en ruines - de la même manière qu'il le fera plus tard en Chine. Dans ses voyages en Polynésie en tant que médecin de marine, Segalen recueille notamment des récits oraux maoris, porteurs d'une tradition perdue. 

Nous nous attardons sur les liens avec le peintre Gauguin. La Bretagne est un premier point commun avec le maître de l'école de Pont-Aven. Segalen manque de rencontrer le peintre, qui meurt aux Marquises au moment où il arrive à Tahiti, mais repartira avec des œuvres après la vente aux enchères qui suit sa mort. Il lui consacre un roman, Le Maître-du-jouir, reprenant le nom de la maison de Gauguin aux Marquises, et en fait un peintre démiurge, souverain et mythologique. 

"Un village breton sous la neige", toile peinte par Gauguin vers 1894-1895 et acquise par Segalen lors d'une vente aux enchères aux îles Marquises, après la mort du peintre.
"Un village breton sous la neige", toile peinte par Gauguin vers 1894-1895 et acquise par Segalen lors d'une vente aux enchères aux îles Marquises, après la mort du peintre.

Un village breton sous la neige, que les organisateurs négligents de la vente aux enchères des biens de Gauguin après sa mort ont surnommée "Chutes du Niagara" en la tenant à l'envers, a été acquis par Segalen pour une somme dérisoire. On estime qu'il a été peint vers 1894-1895, un moment de transition dans la vie de Gauguin puisqu'il est retourné en France, à Concarneau, et qu'il repart pour Tahiti. Cette toile est retrouvée dans son atelier des îles Marquises après sa mort, et est décrite par Segalen qui l'imagine comme étant l'une des dernières toiles du peintre : 

Retournée, mise en place et contemplée enfin sans blasphèmes ni marchandage, cette toile devenait un paysage breton, village d'hiver sous la neige : quelques maisons de chaume épaulent la ligne d'horizon et se pressent autour du clocher juste central. A gauche, une falaise violette tombe vers un ciel de crépuscule. A droite filent des arbres maigres. Tout le sol est fait de neige, ruisselant de lumières fondues, magnifique pelage bleu et rose, fourrure sur le sol froid. C'est donc cela que le Peintre, en mourant, recréait avec nostalgie ? Sous les soleils de tous les jours, le suscitateur des dieux chauds voyait un Village breton sous la neige ! Cette toile, je l'ai gardée. Le don même en serait injurieux, Gauguin mourut en la peignant, c'est un legs. Seule de tant d'autres, elle se signe de l'absence du nom. - Premiers écrits sur l'art (Gauguin, Moreau, Sculpture), Victor Segalen

Pour aller plus loin : les actualités liées à Victor Segalen sur le site de l'Association Victor Segalen.

A 15h30 : la chronique de Nathalie Froloff, professeure en classes préparatoires au Lycée Louis-le-Grand à Paris. 

A 15h55 : Jacques Bonnaffé poursuit ses lectures de textes de Jean-Louis Giovannoni, issus de plusieurs recueils, et ouvre ce moment poétique avec Eugène Savitzkaya

MUSIQUE GÉNÉRIQUE : Panama, de The Avener (Capitol) fin : Dwaal, de Holy Stays (Something in Construction)

MUSIQUE CHRONIQUE : Self portrait de Chilly Gonzales (Gentle threat)

Chroniques
15H54
3 min
Jacques Bonnaffé lit la poésie
Ode au paillasson - (Eugène Savistkaïa)
Intervenants
  • Professeure émérite de littérature française à l'Université de Poitiers.
  • professeure en classes préparatoires au lycée Louis le Grand
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