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Portrait de Georges Brassens en 1950.
Épisode 4 :

Les noms propres de Brassens

58 min
À retrouver dans l'émission

Qu’ont en commun Brassens, Tintin et la Camarde ? La réponse à cette étrange question dans le quatrième et dernier épisode de notre série consacrée au « mauvais sujet repenti ».

Georges Brassens en compagnie de Raymond Devos (1967)
Georges Brassens en compagnie de Raymond Devos (1967) Crédits : André Lefebvre - Getty

Pour cette dernière émission dédiée à Brassens, Matthieu Garrigou-Lagrange est en compagnie de deux invités. En seconde partie, l’artiste et écrivain Jérôme Arnould nous parle du thème de la mort dans l’œuvre de Brassens. En première partie, c’est Renaud Nattiez, auteur du «Dictionnaire Georges Brassens» (Honoré Champion, 2020) et de l’essai «Brassens et Tintin. Deux mondes parallèles» (Les Impressions Nouvelles, 2020), qui partage avec nous son regard singulier sur l’œuvre de «l'éternel estivant».

Brassens, ce sont plus de deux cents chansons et poèmes ; un «quasi-monde» où les noms propres sont d’une importance et d’une variété peu communes selon notre invité Renaud Nattiez, qui nous en offre un florilège savoureux dans son Dictionnaire Georges Brassens. 

Passionné par l'univers musical du «Croque-Notes» ainsi que par une autre grande figure - fictionnelle, celle-ci - de la culture populaire, Tintin, Renaud Nattiez dégage en notre compagnie les liens entre  les univers de Brassens et Hergé, qu'il s'est amusé à présenter dans son ouvrage «Brassens et Tintin. Deux mondes parallèles» (Les Impressions Nouvelles, 2020). Contemporains et traversés par les mêmes paradoxes, témoins du XXe siècle, aimés par toutes les classes sociales, considérant tous deux leur succès comme un malentendu… Les auteurs de La complainte des filles de joie et des Aventures de Tintin ont certes des points communs, qui se retrouvent dans leurs œuvres respectives. 

Sur le plan formel, il y a chez Brassens et Hergé un minimalisme, c’est-à-dire une simplicité apparente derrière laquelle se cache un immense travail. Deuxième correspondance entre eux deux : la temporalité - ce qui ne veut pas dire passéisme. Les deux sont hors des modes. Brassens va préférer parler d’une bougie que d’une ampoule électrique, des sous plutôt que des francs. Ça lui donne une sorte de dépaysement dans le temps. C’est exactement la même chose avec Hergé. On trouve très peu de contemporains dans son œuvre. (Renaud Nattiez)

En seconde partie d'émission, Jérôme Arnould nous entretient du rapport de Brassens à la mort. Celle que le mauvais sujet repenti surnomme la Camarde hante son œuvre : il ne l’y cite pas moins d’une cinquantaine de fois. 

Sur près de deux cents chansons, plus de la moitié traite directement ou indirectement de la Mort, qu’elle soit belle ou cruelle. Le verbe « mourir » est le cinquante-deuxième mot, mais également le septième verbe le plus utilisé dans son œuvre. Brassens évoque la Mort pour mieux nous chanter la vie. Jankélévitch disait à son propos qu’elle est le non-sens qui donne un sens à la vie. Brassens l'affirme lui-même : quand il parle de la Mort, c’est une sorte de faire-valoir, comme une marguerite dans une histoire d’amour. (Jérôme Arnould)

S'il est courant que les personnages succombent à la Mort dans la chanson classique, Brassens a su donner au sujet une dimension poétique.

C’est un procédé somme toute extrêmement classique dans la chanson classique que de raconter la vie d’un personnage jusqu’à l’issue fatale. Cet art de la chute, Brassens le doit peut-être à la Fontaine, chez qui il a puisé un certain art de vivre. La mort n’est pas une conclusion dans ses chansons, c’est une rupture finale, l’ultime raffinement poétique. (Jérôme Arnould)

Ce n’est pas une Mort repoussante, mais plutôt familière qui visite ses chansons, voire même une Mort burlesque ; ainsi la scène sensuelle et drolatique entre une femme tout juste veuve et son hôte, qui ne font pas longtemps cas de la mémoire du défunt dans La Fessée… 

Brassens a été l’un des premiers à faire applaudir la Mort sur scène, pour citer son ami René Fallet. L’humour est chez lui si caractéristique, entre le cynisme, l’humour noir et le non-sense britannique... Il est aussi pour lui une arme face à la mort, bien entendu. (Jérôme Arnould)

Le recours au rire libérateur a toutefois ses limites chez l'auteur de la Supplique pour être enterré à la plage de Sète : «Je m’en fous de la mort, déclarait-il, mais celle des autres me dérange bougrement. Je ne m’habitue pas aux gens qui ont fichu le camp»

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Intervenants

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