LE DIRECT
J. M. G. Le Clézio en 1992
Épisode 4 :

Dans la forêt des paradoxes de Le Clézio

59 min
À retrouver dans l'émission

Dans son discours de réception du prix Nobel en 2008, Le Clézio revient longuement sur la « forêt des paradoxes » au sein de laquelle l’écrivain évolue. Témoin ou voyeur ? Ecrivain pour « ceux qui ont faim » ou pour quelques privilégiés ? Comment trouver sa place dans ce « monde sans repères » ?

J. M. G Le Clézio lors de son discours de réception du prix Nobel de littérature à Stockholm le 10 décembre 2008
J. M. G Le Clézio lors de son discours de réception du prix Nobel de littérature à Stockholm le 10 décembre 2008 Crédits : HENRIK MONTGOMERY / SCANPIX SWEDEN - AFP

La « forêt des paradoxes », c’est également le titre que Bruno Thibault, notre invité, professeur de littérature française à l’Université du Delaware (Etats-Unis), a choisi pour l’un des essais qu’il consacre à Le Clézio : J.-M.G. Le Clézio. Dans la forêt des paradoxes, publié chez L'Harmattan en 2012. Il est aussi l’auteur de Le Clézio et la métaphore exotique, paru aux éditions Rodopi en 2009. Avec lui, nous reviendrons sur les interrogations parfois contradictoires qui parcourent l'œuvre de l'écrivain.  

Cette « forêt de paradoxes », comme l'a nommé Stig Dagerman, c'est justement le domaine de l'écriture, le lieu dont l'artiste ne doit pas chercher à s'échapper, mais bien au contraire dans lequel il doit « camper » pour en reconnaître chaque détail, pour explorer chaque sentier, pour donner son nom à chaque arbre. […] Mais cette liberté de bouger comme un privilège a pour conséquence le paradoxe. Voyez l'arbre aux épines hérissées au sein de la forêt qu'habite l'écrivain : cet homme, cette femme occupés à écrire, à inventer leurs songes, ne sont-ils pas les membres d'une très heureuse et réduite happy few ? - J. M. G. Le Clézio dans son discours de réception du prix Nobel de littérature en 2008

La critique (américaine et française) reproche souvent à Le Clézio une certaine naïveté, une vision idéalisée de l’étranger primitif et de traditions culturelles anciennes. Pour Bruno Thibault, cette lecture correspond à une approche superficielle voire à un contresens dans la compréhension de l’œuvre de l’auteur. 

Si vous regardez de plus près les grands romans lecléziens, ce sont des récits indécidables (selon l’expression de Bruno Blanckeman). D’un côté, vous avez un personnage qui suit un rêve, qui est hanté par une fable, par un grand mythe, peut-être par une quête des origines et un lien avec le sacré ; mais le texte déconstruit en même temps cela. C’est un texte  qui déconstruit la fable qu’il génère. Il ne faut pas oublier que les grandes quêtes lecléziennes n’aboutissent pas. C’est une écriture du désenchantement. – Bruno Thibault

Nous évoquons également l’influence du réalisme magique de la littérature latino-américaine chez Le Clézio, ainsi que celle d’auteurs anglo-saxons comme Kipling, Conrad, Kerouac, ou encore D. H. Lawrence. 

Pour Le Clézio, ce sont des auteurs qui parlent d’une transformation, d’une conversion. On passe d’une conscience formatée, occidentale, intellectuelle, à une expérience beaucoup plus sensuelle et corporelle, qui serait liée à l’extase matérielle et à la méditation. – Bruno Thibault

Et à 15h30, la chronique de Nathalie Froloff, professeure en classes préparatoires au lycée Louis le Grand à Paris.

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire) 

Intervenants
  • Professeur de littérature française à l’Université du Delaware (Etats-Unis), rédacteur en chef des "Cahiers Le Clézio"
  • professeure en classes préparatoires au lycée Louis le Grand

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......