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Jacques Prévert pose le 18 janvier 1968 au cinéma La Pagode à Paris, qui a été transformé en chapellerie à l'occasion de la sortie du film réalisé par son frère Pierre "L'affaire est dans le sac".
Épisode 2 :

A la découverte de l'oeuvre de Jacques Prévert

58 min
À retrouver dans l'émission

C'est peu de dire que l'oeuvre de Jacques Prévert fut éclipsée par son succès, trahie par sa popularité. Notre invitée du jour nous entraîne à la découverte d'une oeuvre plus subtile qu'il n'y paraît, au contact de textes qui ont impressionné des poètes comme Michaux ou Breton.

Jacques Prévert chez lui. 2 mai 1967.
Jacques Prévert chez lui. 2 mai 1967. Crédits : Keystone-France/Gamma-Rapho - Getty

Nous recevons dans cette émission l'écrivaine et critique Danièle Gasiglia-Laster. Coresponsable de l’édition des deux volumes des Œuvres complètes de Jacques Prévert dans la Pléiade , elle a coédité le recueil posthume La Cinquième Saison (Gallimard, 2017). Elle a notamment écrit Paris Prévert (Gallimard, 2016) et Le Paris de Prévert (éditions Alexandrines, 2015).

Danièle Gasiglia-Laster nous fait découvrir les différentes facettes de l’œuvre de Jacques Prévert, en commençant par dissiper un certain nombre d'idées reçues trop faciles, à commencer par celle du poète buissonnier refusant d'être édité, ou celle encore du dilettante qui ne travaillait guère ses textes.

Quand nous avons travaillé à l’édition de ses œuvres dans la Pléiade, avec Arnaud Laster […] on s’est aperçu que Prévert travaillait énormément ses textes, allant quelquefois jusqu’à refaire sept fois le même paragraphe […]. C’est quelqu’un qui travaille beaucoup et quand il répond à des interviews et que le texte doit être publié, il le retravaille pour la publication. (Danièle Gasiglia-Laster)

Son écriture, en outre, est plus subtile qu'il n'y paraît de prime abord, ce qu'ont su voir des écrivains comme Henri Michaux, Georges Bataille ou André Breton qui admiraient les textes de Prévert.

C’est une poésie qui est très subtile, parce que les jeux de mots, souvent, sont beaucoup plus fins qu’on ne croit […]. Par exemple « Le sublime est corrosif » : très belle formule, mais qui est un jeu de mots, puisqu’il y a une substance corrosive, qu’on utilisait autrefois, qui s’appelait le « sublimé corrosif. » (Danièle Gasiglia-Laster)

Quelles sont les sources de l’œuvre prévertienne, où le poète alimente-t-il sa création ? C'est à ces questions que nous chercherons à répondre. Si la rue se révèle un réservoir d'images et de caractères prodigieux pour ce grand arpenteur au regard aiguisé que fut Prévert, les expériences surréalistes irriguèrent également son inspiration.

C’est ce qu’il disait : « J’ai fait mes humanités avec les surréalistes », et je crois qu’il partageait avec eux beaucoup de choses, le côté rebelle contre les institutions, et puis ce goût du rêve, ce goût du merveilleux, du fantastique, de l’étrange. Ça c’est quelque chose de très important chez Prévert, qu’on oublie peut-être parfois. (Danièle Gasiglia-Laster)

Comme artiste, Prévert dévoile de multiples facettes : grand amateur d'histoires à raconter, il mêle volontiers l'humour au fantastique, les jeux de mots et les jeux d'émotions, « le rêve au rêve et la flûte au cor » pour reprendre un vers de Verlaine. Ce disparate, il le cultive sans ostentation car cette subversion de la langue, loin d'être un simple jeu gratuit, porte en elle une subversion des ordres établis. Critique antibourgeoise, aspirations à la révolte, anticléricalisme sont en effet autant de tendances profondément ancrées en lui.

A rebours du Prévert édulcoré et relégué au second rang de la poésie moderne se dévoile un homme engagé et virulent, tant dans les films qu'il scénarise que dans les poèmes qu'il compose. Se dévoile aussi un artiste à part, chez qui tous les arts – cinéma, poésie, théâtre, arts plastiques – s'influencent réciproquement pour forger un style unique, fait de sauts, de calembours, de ruptures. Un style qui rappelle parfois les éructations du Père Ubu d'Alfred Jarry. Un style rythmé et vivant qui lui permit de parler de l'amour ou de Paris – deux de ses grands sujets – comme personne. Un style qui était mieux qu'une inerte suite de mots, un style vivant et qui n'était, à tout prendre, que des paroles.

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Bibliographie

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