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Jacques Prévert pose le 18 janvier 1968 au cinéma La Pagode à Paris, qui a été transformé en chapellerie à l'occasion de la sortie du film réalisé par son frère Pierre "L'affaire est dans le sac".
Épisode 3 :

Prévert engagé - et ami

58 min
À retrouver dans l'émission

Prévert engagé, Prévert subversif, Prévert pamphlétaire, Prévert virulent et vitupérant, Prévert prenant la plume pour dénoncer l'injustice, la misère, la guerre... C'est ce Prévert politique que l'on découvre dans une émission qui évoque également les amitiés, le Japon, la musique.

Jacques Prévert fumant une cigarette à Paris dans les années 1960, France.
Jacques Prévert fumant une cigarette à Paris dans les années 1960, France. Crédits : REPORTERS ASSOCIES/Gamma-Rapho - Getty

Nous sommes, en cette troisième émission consacrée à Jacques Prévert, en compagnie de Carole Aurouet, maîtresse de conférences à l’université Gustave Eiffel, docteure en littérature et civilisation françaises, autrice de plusieurs ouvrages consacrés Prévert, dont Jacques Prévert, une vie, réédité en 2017 aux Nouvelles éditions Jean-Michel Place où elle a fait paraître également Prévert et le cinéma (2017).

Il y a encore, parfois, une sorte de mépris pour une poésie qui peut être considérée comme une poésie facile, une poésie du quotidien et qui peut être un peu dénigrée, mais qui est malheureusement une poésie assez méconnue, parce qu’un certain nombre de personnes se cantonnent aux textes un peu plus doux et rêveurs qu’il a pu écrire pour les enfants et ne regardent pas la totalité de ses recueils et la totalité de sa poésie qui est une poésie véritablement rouge, très sanglante, très subversive, très violente. (Carole Aurouet)

Pour Carole Aurouet, la chose ne fait aucun doute : Jacques Prévert était un artiste engagé. Par ses textes poétiques ou son cinéma, il faisait entendre avec subtilité et sensibilité les voix de la contestation. Mais c'est dans les textes théâtraux joués par le groupe Octobre qu'il dénonçait avec le plus de virulence la montée du nazisme ou les conditions de travail misérables de la classe ouvrière. Prévert est toutefois demeuré à l'écart des partis et des institutions.

Il ne peut prendre sa carte dans un parti politique et s’engager : il a l’impression, là, pour le coup, de perdre sa liberté et de ne plus être un électron libre. (Carole Aurouet)

Rétif à toute forme d'autorité, il préfère prendre la plume pour son compte, dans des articles, des pamphlets ou des tracts qui forment un corpus impressionnant par son ampleur. Une graphomanie militante qui se cristallise autour de certaines périodes clés, comme durant la période active du surréalisme, le début des années 1950 ou en mai 68.

Les engagements de Prévert sont multiples, de « l'affaire Aragon » à la défense du poète Nazim Hikmet, prisonnier politique à Istanbul, en passant par la signature d'un texte des cinéastes français dénonçant l'emprisonnement des « dix d'Hollywood », des scénaristes et des réalisateurs victimes des purges maccarthyste des années 1950. On mentionnera encore l’ «Appel à l’opinion pour une paix négociée en Algérie», qu'il signe aux côtés notamment d'Edgar Morin, Roland Barthes et Paul Ricoeur, et en 1971 « L'Appel réclamant la libération d'Angela Davis » comme autant de prises de positions révélatrices du progressisme politique de Prévert.

Nous sommes en 1971 […] et Angela Davis, qui est une militante du mouvement des droits civiques aux États-Unis et membre des Black Panthers est emprisonnée suite à la tentative d’évasion de trois prisonniers qui va se terminer par le décès d’un juge. Quatre cents intellectuels français dont Aragon, Guyotat, Vilar et Prévert vont décider de se positionner, de se mobiliser pour prendre sa défense. Et là, Prévert ne sera pas l’auteur de l’appel qui réclame la libération d’Angela Davis mais il va signer cet appel. Par contre, ce qu’il fait, c’est qu’il écrit aussi un poème qu’il titre « Angela Davis ». (Carole Aurouet)

Non contents de contextualiser historiquement ces différents combats, nous étudierons avec notre invité le style d'écriture singulier de ces textes d'action.

Avec notre invité nous abordons enfin la réception de Prévert au Japon, ses amitiés, son rapport à la musique comme autant de contrepoints à ce portrait d'un Prévert vindicatif et revendicatif, d'un Prévert qui imposait le respect par la force de son engagement et séduisait par sa sensibilité artistique ou la chaleur de son amitié.

Il y a une sorte d’art de l’amitié chez lui. C’est quelque chose d’absolument fondamental […]. En fait quand Prévert voit quelqu’un pour la première fois, il sait d’emblée si ça va coller, si ça va être un coup de foudre, et tout se joue au premier contact. (Carole Aurouet)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Intervenants
  • maîtresse de conférences habilitée à l'Université Gustave Eiffel, docteure en littérature et civilisation françaises et spécialiste de Jacques Prévert
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