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Michel Leiris en 1950
Épisode 2 :

Leiris, maniaque de la confession

58 min
À retrouver dans l'émission

Empreinte d’une vie quotidienne dans sa plus entière nudité ou manière poétique d’être au monde, le Journal de Leiris charrie avec lui des confessions et des non-dits, des grandeurs et des bassesses, que nous explorons aujourd’hui en compagnie de notre invité.

Michel Leiris aux côtés d'Aimé Césaire en 1966 au premier festival international des arts noirs
Michel Leiris aux côtés d'Aimé Césaire en 1966 au premier festival international des arts noirs Crédits : AFP - AFP

Pour cette deuxième émission consacrée au journal de Leiris, reparu chez Gallimard dans une édition augmentée, Matthieu Garrigou-Lagrange accueille l’ethnologue et anthropologue Jean Jamin, sous la direction de laquelle s’est faite cette réédition.

C’est un jour de septembre 1979 que Leiris vient trouver son ami Jean Jamin pour lui dévoiler l’emplacement de son Journal, avec cette demande : quand viendra sa mort, sortir le Journal de sa cachette, en lire le contenu et juger s’il est assez bon pour être publié. « J’aimerais qu’il le soit », ajoute Leiris.

Sous la dénomination unique de Journal sont en réalité rassemblés cinq cahiers, au format écolier : cahiers beige, jaune, bleu, rouge et carmin, pour raconter soixante-sept années — de 1922 à 1989. Cinq cahiers, cinq espaces clos et séparés entre eux comme pour mieux organiser la vie intérieure, à la façon dont en use l’héroïne du Carnet d’or de Doris Lessing. Chez Leiris, cependant, pas de compartimentation : il y en pagaille dans ses carnets ses impressions, ses pensées, les images qui peuplent son esprit et ses rêves, ou bien encore des détails de la vie quotidienne, des titres de futurs romans, l’état en cours de ses écrits, également.

Ce qui est dans le Journal n'est pas dans l'autobiographie et inversement. Il s'agit d'une sorte d'album de souvenirs, où il colle des photographies et des feuillets. Dans ce Journal, il se soumet au temps, à la chronologie. Il s'y plie, alors qu'il la fait éclater dans son œuvre autobiographique. (Jean Jamin) 

Celui qui se définit comme un « maniaque de la confession » dans son Journal, tout en désavouant l’affirmation dans ces mêmes cahiers — il aurait la confession en horreur, à l’en croire —, n’a-t-il pas cultivé dans ses écrits publics et intimes une forme de loi du silence – secret à l’œuvre d’ailleurs dans sa propre famille ? 

Il revient sur ce Journal, il le reprend, il le relit, et ce qui ne va pas, il le biffe. Il avait une technique qui consistait à biffer au crayon ce qu'il comptait réutiliser, et le reste il le biffait à l'encre, ou il arrachait les pages. (Jean Jamin) 

Tenir ce journal, n’était-ce pas une manière de vivre ce tiraillement, entre le désir de dissimuler, et celui de « faire sentir, intensément et dans sa totale nudité, l’existence d’un fait banal », de la réalité même ?

Loin de la matière grise du quotidien, les cahiers du 19 mai 1931 au 16 février 1933 portent la trace des voyages de Leiris, comme un art de la fugue, une vie poétique et scientifique qui s’incarne dans l’étude et la contemplation des pays traversés par lui : Soudan, Dahomey, Cameroun, Éthiopie septentrionale... 

Il prolonge son Journal intime parisien par cette _Afrique fantôme,  _journal plus total encore, pour la bonne raison qu'il y décrit son voyage, assez fascinant. (Jean Jamin)

Il y a, enfin, la revue Documents que dirigeait son grand ami Georges Bataille, et dont Leiris fut le secrétaire de rédaction. Réédités aux Nouvelles Éditions Place, les numéros de la revue reparaissent ici sous la forme de deux volumes épais, nourris de textes et d’images. Parmi les revues dites d’« avant-garde » de l’entre-deux-guerres, Documents occupe une place à part et cherche à se positionner contre — ou par rapport — aux courants qu’elle renie : surréalisme, idéalisme. Leiris y publiera des articles sur les Beaux-Arts, l’ethnologie, ou bien encore sur des éléments tirés de sa biographie. Matthieu Garrigou-Lagrange revient aujourd’hui en compagnie de notre invité sur le destin de cette singulière revue.

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Bibliographie

Journal, coll. Quartio Gallimard, éd. revue et augmentée de Jean Jamin

JournalQuarto Gallimard , 2021

Intervenants
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