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Le Capitole, siège du congrès américain. Washington DC, États-Unis.
Épisode 1 :

L'Homme ordinaire du cinéma de Frank Capra

58 min
À retrouver dans l'émission

Et si un citoyen lambda devenait du jour au lendemain sénateur ? S'il était admis à fouler les marbres du prestigieux Congrès américain ? À en croire Frank Capra dans Monsieur Smith au Sénat, le sénateur néophyte n'y trouverait pas autre chose que la cruelle désillusion du politique.

James Steward (1908-1997) dans le rôle de M. Smith, sous le regard de l'acteur Claude Rains, au Sénat américain. Scène tirée de Monsieur Smith au Sénat (1939) de F. Capra.
James Steward (1908-1997) dans le rôle de M. Smith, sous le regard de l'acteur Claude Rains, au Sénat américain. Scène tirée de Monsieur Smith au Sénat (1939) de F. Capra. Crédits : Hulton Archive - Getty

Pour cet épisode consacré à Frank Capra et plus particulièrement au film Monsieur Smith au Sénat (Mr. Smith Goes to Washington en VO), nous sommes en compagnie de Serge Chauvin, professeur de littérature et de cinéma américains à l’Université Paris Nanterre.

Pour comprendre le cinéma de Frank Capra, il faut sans doute en passer d'abord par la mise à mal d'un cliché tenace, alimenté par la programmation annuelle de La Vie est belle à la télévision américaine à l'occasion des fêtes de Noël. Ce cliché, c'est celui d'un cinéma foncièrement optimiste, à la limite du sentimentalisme et d'un patriotisme candide. Comme l'explique Serge Chauvin dans ses conférences (voir lien ci-dessous), ce serait ne retenir qu'une facette, et encore considérablement simplifiée, de l'œuvre cinématographique de Frank Capra. Loin de ce que les Américains ont baptisé le « Capra-corn », un cinéma léger et mielleux comme le pop-corn vendu à l'entracte des séances, Serge Chauvin nous révèle la filmographie de Capra dans sa dimension plus satirique et plus sombre.

Qu'il y ait du sentimentalisme, c'est une réalité, mais parler de "corn" - "corny" c'est tout ce qui est mièvre ! - cela ne paraît pas très juste [...]. Il me semble que c'est faire bon marché de la gravité et souvent de la noirceur extrême de ses films. (Serge Chauvin)

En réintroduisant cette filmographie dans le cadre de la biographie du cinéaste et dans le contexte historique de sa production, Serge Chauvin éclaire de façon précise une œuvre cinématographique considérable (36 longs métrages auxquels s'ajoute un vaste corpus documentaire) en prise sur son époque.

S'intéressant plus particulièrement à Monsieur Smith au Sénat (1939), il en extrait un certain nombre de thèmes susceptibles de résonner avec les enjeux actuels de la politique américaine. Au travers de ce film, mais également d'autres œuvres, comme L'Extravagant Mr Deeds (1936), L'Homme de la rue (1941) ou L'Enjeu (1948), Frank Capra passe au crible la politique américaine et en dénonce les dérives : trafic d'influence, pression des monopoles financiers dans la décision politique, règne de l'argent, campagnes médiatiques délétères...

Un motif absolument récurrent dans Mr Deeds, dans Mr Smith, dans L'Homme de la rue et jusqu'à L'Enjeu en 1948, c'est la confiscation du pouvoir médiatique et le fait que la parole individuelle de Jefferson Smith discourant au Sénat vient se heurter à la mécanique journalistique et radiophonique qui peut confisquer la parole démocratique et l'étouffer... (Serge Chauvin)

Une critique quelquefois virulente, qui s'accompagne cependant toujours de la promotion de valeurs inverses, incarnées par des figures, sinon de héros, du moins d'hommes capables de demeurer fermes dans leurs principes.

Irriguée par l'histoire américaine, grâce notamment à ses références aux grandes figures du passé, comme Jefferson ou Lincoln, la filmographie de Capra se veut satirique, dénonciatrice, mais en même temps positive et constructive. Au-delà des affres du politique, tel est bien, en effet, son enjeu : promouvoir des valeurs, promouvoir l'Amérique comme « utopie concrète » (Serge Chauvin) pour que la vie continue d'y être belle.

En fin d'émission nos auditeurs pourront retrouver la chronique du jour, par le journaliste à L'Express Jérôme Dupuis. Il nous présente l'adaptation faite par Rebecca Dautremer du roman de John Steinbeck, Des Souris et des hommes. Un ouvrage magnifiquement illustré paru chez Tishina en 2020.

Ressources :

  • Conférence "Qui êtes-vous Frank Capra ?" à la Cinémathèque française :

https://vimeo.com/200827794

  • Conférence sur La vie est belle au Forum des Images :

https://www.dailymotion.com/video/x3vlqxs

  • Entretien avec Adèle Van Reeth sur Vous ne l'emporterez pas avec vous pour "Les chemins de la philosophie" :

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Bibliographie

Couverture livre

Frank CapraMichel CieutatRivages (coll. Cinéma), 1999

Intervenants
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