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Pierre Guyotat après avoir reçu le Prix Médicis pour son roman "Idiotie" en 2018 à Paris.
Épisode 3 :

Guyotat est une scène

58 min
À retrouver dans l'émission

Dans l’ombre du Tombeau pour cinq cent mille soldats, parfois présenté à tort comme le premier roman de Pierre Guyotat, demeurent des textes de jeunesse, une enfance de l’art ; en elle, les germes d’une littérature comme travail de la langue.

L'écrivain français Pierre Guyotat à Paris en décembre 1990
L'écrivain français Pierre Guyotat à Paris en décembre 1990 Crédits : Louis MONIER/Gamma-Rapho - Getty

Pour cette troisième émission autour du romancier et dramaturge Pierre Guyotat, Matthieu Garrigou-Lagrange est en compagnie de Donatien Grau, à qui l’on doit entre autres une série d’entretiens avec l’écrivain publiés en 2016 chez Gallimard sous le titre Humains par hasard.

L’on a tendance à négliger les œuvres de jeunesse de Pierre Guyotat au profit de Tombeau pour cinq cent mille soldats, dont on voudrait faire son premier véritable livre. Il y a pourtant eu chez le romancier et dramaturge une enfance de l’art, que constituent des romans comme Ashby (1964) ou Sur un cheval (1961), reparus en 2005 dans la collection « Fiction & Cie » du Seuil. 

Il y a un malentendu sur le statut de la langue de Pierre Guyotat. On considère que celle-ci va vers une difficulté, alors qu'elle obéit à des règles, qui changent à l'occasion, mais sont tout de même normées. Son rythme, sa voix, cette rhétorique héritée de Bossuet, ses thèmes : la scène, les figures distantes... Tout cela est déjà présent dans Ashby. (Donatien Grau)

Des premiers aux derniers écrits, on distingue chez Guyotat une continuité : celle du travail de la langue. L’auteur la modèle comme une matière, y intègre le latin, les langues d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne. S’autorisant des scansions plutôt que des ruptures d’une œuvre à l’autre, il change de style, use à l’occasion d’une langue classique, plus accessible aux lecteurs comme celle de Coma, mais toujours revient à cette langue réinventée, dont on trouve la présence dans Joyeux animaux de la misère, entre autres.

Désireux de figurer les sentiments et les actes dans sa littérature, Guyotat s’est fait scène, s’ouvrant lui-même en théâtre « pour que les figures viennent s’y agiter et y vivre de leur vie propre », selon les mots de Donatien Grau. Dans ce théâtre, chaque individu trouve sa juste place : « Je veux que tout le monde soit réuni dans le même espace de miséricorde », disait ainsi Pierre Guyotat. 

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Intervenants

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