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Portrait de Charles Chaplin sous les traits de Charlot en 1915
Épisode 2 :

L'Amérique de Chaplin

58 min
À retrouver dans l'émission

La compagnie des œuvres explore aujourd’hui le rapport du londonien Charlie Chaplin à l’Amérique, qu’il gagnera en 1910, croquera dans ses films et quittera pour ne jamais y revenir. Accusé de sympathies communistes, il se verra interdit de retour en 1952 et terminera ses jours en Suisse.

Charlie Chaplin en 1935 sur le tournage de "Production no. 5"
Charlie Chaplin en 1935 sur le tournage de "Production no. 5" Crédits : Bettmann - Getty

Dès 1917, la société de consommation américaine, avec sa part d’aliénation et ses plaisirs devient l’objet du cinéma de Chaplin. À cet égard, The immigrant marque un tournant dans sa filmographie, bien que l’on se souvienne surtout de l’un de ses derniers films, Les temps modernes, peinture burlesque du travail à la chaîne comme nouveau mode d’exploitation du travailleur. Mais en quoi l’œuvre de cet artiste originaire de la banlieue londonienne s’inscrit-elle dans un terreau américain ? N’est-ce pas une autre Amérique, une Amérique à la Dickens, duplication du Londres de l’ère victorienne qu’il dépeint à travers ses films ? Peut-on parler enfin à propos de son cinéma d’une force de subversion, d’une ironie interrogeant le devenir de cette Amérique qui s’était émue devant l’affaire Dreyfus, et sombre néanmoins aux alentours de 1950 dans une chasse aux sorcières dont Chaplin fera lui-même les frais ? 

Matthieu Garrigou-Lagrange s’intéresse aujourd’hui au rapport de Chaplin avec les États-Unis en compagnie de Morgane Jourdren, maîtresse de conférences en civilisation américaine à l’université d’Angers et co-directrice de l’ouvrage collectif La figure de Charlot et ses avatars, où elle a traité de « La modernité du vagabond dans les films de Charlie Chaplin ».

The immigrant marque un tournant dans la filmographie de Chaplin. Il y a à travers le personnage de Charlot débarquant en Amérique la thématique du rêve et son envers. D’entrée de jeu, Chaplin livre un commentaire ironique sur le contraste entre ce message à destination des immigrants : « Arrivé au pays de la liberté », et le spectacle qui s’ensuit, ces derniers étant parqués derrière de lourdes chaînes et étiquetés comme du bétail par les services de l’immigration (Morgane Jourdren).

Chaplin a pu faire l’apologie de la paresse à travers le personnage de Charlot, bien qu’il ait été lui-même un travailleur acharné. L’idée défendue par lui est de revenir à une version plus libertaire de l’existence, c’est-à-dire prendre le temps de vivre loin de cette société où tout est rythmé et comptabilisé. Dans Les lumières de la ville, le personnage de Charlot va jusqu’à se réfugier en prison. Là, il se sent protégé, à l’écart des émeutes, à l’écart d’une certaine violence. La société toute entière lui apparaît finalement comme un enfermement. (Morgane Jourdren)

En fin d'émission Nathalie Iris, de la librairie Mots en marge à La Garenne-Colombes et contributrice à la revue Pages des libraires viendra nous présenter sa chronique consacrée au livre de John Boyne : Il n'est pire aveugle (JC Lattès, 2021)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Bibliographie

La figure de Charlot et ses avatars

La figure de Charlot et ses avatarsPresses universitaires de Rennes, coll. Univers anglophones, 2015

Intervenants
  • maîtresse de conférences en civilisation américaine à l’université d’Angers
  • Libraire et contributrice à la revue Pages des libraires

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