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Page de couverture de Casabella, revue mensuelle d'architecture, d'urbanisme et de design. N°425, mai 1977. Milan, Arnoldo Mondadori Editore.
Épisode 1 :

Le noir à travers les âges

59 min
À retrouver dans l'émission

Couleur de la nuit et symbole de mort, le noir structure notre vision du monde et semble s'imposer de soi-même. Michel Pastoureau nous invite à dépasser nos impressions visuelles et à déconstruire nos évidences pour percer les secrets du noir en l'analysant comme un fait culturel et social.

Jeux d'encre, 16 décembre 2007.
Jeux d'encre, 16 décembre 2007. Crédits : Digital Camera - Magazine Future - Getty

Nous sommes en compagnie de l'historien Michel Pastoureau, directeur d’études émérite à l’École pratique des hautes études, où il a occupé pendant trente-cinq ans la chaire d’histoire de la symbolique occidentale. Spécialiste des animaux, des images et des symboles, il s'intéresse depuis plusieurs années à l'histoire des couleurs à laquelle il a consacré de nombreux ouvrages, notamment Noir. Histoire d’une couleur, publié en 2008 aux éditions du Seuil.

Je m'en suis rendu compte en faisant des conférences : les architectes, mais aussi les stylistes et couturiers, souvent les hommes, sont habillés en noir. Il y a l'idée qu'avec le noir on ne fait pas d'écart, on ne fait pas de faute de goût. Le noir se marie avec à peu près tout et il est relativement neutre dans nos sociétés contemporaines. (Michel Pastoureau)

Toute notation de couleur est culturelle et idéologique. C'est la thèse fondamentale qui porte le travail de recherche de Michel Pastoureau sur les couleurs. L'historien, en effet, a démontré le caractère construit de notre représentation colorée du monde. Les couleurs ne nous sont pas simplement données dans la nature, elles sont également et avant tout nommées, ordonnées, classées par les hommes au sein d'un système de représentations et, surtout, par rapport à d'autres couleurs.

Ce qui fait que la couleur est la couleur, ce n'est pas la nature, ce n'est pas le couple oeil-cerveau, c'est la société. Je veux dire par là que les problèmes de la couleur sont d'abord des problèmes de société. (Michel Pastoureau)

Une couleur, dans cette optique, n'existe pas toute seule, isolément, mais se définit en regard d'autres couleurs au sein d'un ensemble complexe d'oppositions.

Or, telle est bien la situation du noir, symbole, dans la culture occidentale, du chaos et de la nuit opposé à la création divine, conquise sur l'obscurité. Le "que la lumière soit" inaugural de La Genèse instaure ainsi un partage symbolique entre clarté et ténèbres, partage observable dans d'autres mythologies, comme la mythologie grecque ou la mythologie scandinave.

En matière de couleurs, en tout cas, c'est l'Occident qui impose ses codes, ses valeurs, ses sensibilités, ses systèmes. Il y a très peu de résistances. Il y en a un peu en sport : par exemple en judo, le code des couleurs, lié à la ceinture qui dit la force de celui qui la porte sur le tatamis, c'est un système japonais ; l'Occident n'a pas réussi à imposer ses codes. Mais sur les pistes de ski c'est un système occidental. (Michel Pastoureau)

Michel Pastoureau détaille pour nous les ramifications symboliques de la couleur noire, sa connotation mortifère, la peur qui y est associée, le regard que nous portons sur les animaux noirs comme le corbeau ou le chat. 

C'est vrai de toutes les autres couleurs, elles ont toutes des bons et des mauvais aspects, et ces bons et ces mauvais aspects sont concomitants. Simplement, il y a des contextes, des époques où tantôt les bons aspects sont plus nombreux que les mauvais, et inversement. Au coeur du Moyen Âge, par exemple, le noir est en effet la couleur de l'Enfer où règnent les ténèbres, c'est la couleur du diable, les animaux noirs comme le corbeau sont extrêmement dévalorisés [...]. Mais il y a quand même le bon noir, à la même époque, qui est la couleur de l'humilité, de la tempérance, de la dignité. Les moines bénédictins portent une robe noire... (Michel Patsoureau)

Tantôt couleur du diable, tantôt manifestation visible de l'esprit puritain, le noir nous apparaît ainsi dans ses ambivalences et son histoire. Une histoire faite de ruptures et de contradictions, une histoire de notre imaginaire qui démontre, pour reprendre le titre d'un ouvrage de Michel Pastoureau, qu'« Une couleur ne vient jamais seule. »

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Intervenants
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