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Page de couverture de Casabella, revue mensuelle d'architecture, d'urbanisme et de design. N°425, mai 1977. Milan, Arnoldo Mondadori Editore.
Épisode 3 :

Vers la luminosité du noir (Rothko et Soulages)

1h01
À retrouver dans l'émission

Qu'y a-t-il au-delà du noir ? Le noir est-il la limite extrême du visible ? Du cheminement philosophique de Mark Rothko en direction d'une luminosité du noir, à l'« outre-noir » de Pierre Soulages, notre émission emprunte à deux artistes majeurs leurs regards sur cette couleur énigmatique.

Pierre Soulages assis à côté de ses tableaux en noir et blanc. 1954.
Pierre Soulages assis à côté de ses tableaux en noir et blanc. 1954. Crédits : Dmitri Kessel - The Life Picture Collection - Getty

Nous recevons pour cette émission Anne-Camille Charliat, docteure en philosophie avec une thèse consacrée à la couleur et la lumière, et qui a publié des entretiens avec Soulages sous le titre de L’intériorité dans la peinture, aux éditions Hermann (2019).

Soulages, c'est ce peintre qui a opéré une révolution de notre regard sur une couleur dont il est devenu, aujourd'hui, indissociable : le noir. L'artiste n'a cessé d'exploiter et d'explorer cet objet chromatique unique et mystérieux, en variant matériaux, techniques, lumières, ou encore la disposition spatiale des oeuvres.

Ce qui est tout à fait unique dans la peinture de Pierre Soulages, c'est qu'il appréhende la lumière à travers le noir. Le noir est son instrument et la lumière est son matériau. La lumière comme matériau pictural, c'est tout à fait paradoxal et en même temps riche de possibilités [...]. Il appréhende le noir comme un noir fécondant, qui tout d'un coup fait voir, un noir matériel, qui fait naître la visibilité. (Anne-Camille Charliat)

Voyage métaphysique dans le néant, là où toute possibilité de voir semble abolie, la peinture de Soulages emmène le spectateur de l'autre côté du noir, comme Lewis Carroll emmenait Alice et son lecteur de l'autre côté du miroir. Derrière le noir, au-delà du noir, c'est là qu'est « l'outre-noir », cet espace délimité par Soulages hors des territoires traditionnels du visible.

La naissance de l'outre-noir, c'est 1979. Avant, il utilise bien sûr le noir, mais plutôt comme une couleur de contraste, puisqu'il y a du bleu, du rouge dans ses peintures. Et, à partir de 1979, il recouvre entièrement ses toiles d'un unique pigment, le noir, qui n'est pas traité, en revanche, de manière monochrome. Pierre Encrevé caractérisait ce noir comme pigment monopigmentaire, mais pas monochrome [...]. Monopigmentaire à variations chromatiques : monopigmentaire au sens où il n'y a qu'un seul pigment, mais qui est révélateur de couleurs, de couleurs qui sont les effets de la lumière, en interaction avec ce noir qui est travaillé tout en textures. Il y a des opacités, des transparences... (Anne-Camille Charliat)

Anne-Camille Charliat nous aide à y voir plus clair dans les théories de l'artiste et dans cette terra incognita et oscura qu'est sa peinture.

Lui-même dit que le noir est une couleur violente, qui incite à l'intériorisation. C'est la couleur la plus riche de possibles, une couleur intense, qui se rapporte à nos origines. (Anne-Camille Charliat)

L'autre grand artiste du noir que nous nous proposons d'évoquer dans cette émission est le peintre Mark Rothko.

Imprégnée de religiosité et de philosophie, sa peinture aura notamment eu pour but d'explorer la vie intérieure, à travers ces grands quadrilatères de peinture devenus sa signature visuelle. A côté des couleurs éclatantes d'une partie de son oeuvre, influencée par Matisse mais aussi par le concept nitzschéen de clarté, Rothko a également exploité la couleur noire. L'artiste, assombrissant progressivement sa palette au cours de sa carrière, semblait cheminer vers une luminosité du noir : à la rencontre, peut-être consciente, de Pierre Soulages.

Lorsque Rothko reçoit la commande de quatorze toiles pour une chapelle à Houston, il rompt entièrement avec sa pratique, avec sa palette classique pour des teintes plutôt sombres : du rouge, du brun, du bordeau. On est très très proche du noir, et il cherche à exploiter le pouvoir réfléchissant et proprement lumineux du noir. (Anne-Camille Charliat)

La fin de notre émission sera consacrée à la chronique du jour. Alexis Brocas, romancier, critique et directeur-adjoint au nouveau magazine Lire-Magazine littéraire nous y parle des "mythologies des épidémies", une enquête qu'il a rédigée pour ce même magazine.

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Intervenants
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