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Les frères Edmond de Goncourt (1822-1896) et Jules de Goncourt (1830-1870) photographiés par Félix Nadar (1820-1910).
Épisode 1 :

La compagnie des infréquentables frères Goncourt

58 min
À retrouver dans l'émission

Les frères Goncourt, un infréquentable binôme fréquenté par toute l'intelligentsia lettrée de leur époque. Ces deux misanthropes se révèlent pourtant le meilleur couple de cicerones pour guider nos pas dans la seconde moitié du XIXème siècle littéraire.

Edmond de Goncourt (1822-1896) et Jules de Goncourt (1830-1870) photographiés par Félix Nadar (1820-1910).
Edmond de Goncourt (1822-1896) et Jules de Goncourt (1830-1870) photographiés par Félix Nadar (1820-1910). Crédits : De Agostini - Getty

Pour cette première émission de notre série consacrée aux frères Goncourt, nous sommes en compagnie de Pierre Ménard, écrivain, auteur notamment de Les Infréquentables frères Goncourt (Tallandier, 2020).

S'il apparaît justifier de considérer les Goncourt comme une seule et même entité d'écrivain, c'est qu'Edmond, l'aîne, et Jules, le cadet, sont liés par un grand sentiment de fraternité :

Ils forment un couple, ils rêvent de se faire appeler Jules-Edmond. Ils se font passer pour des frères jumeaux, voire des frères siammois, et ils insistent tout le temps sur ces deux corps qui auraient une seule âme. Et en même temps ce sont deux personnages qui sont totalement opposés. On a d’un côté un Edmond, qui est grand, qui est mélancolique, assez fort, et de l’autre, Jules qui est beaucoup plus jeune, très différent, qui est blond alors que l’autre est brun, qui est frêle alors que l’autre est fort, qui est, lui, assez enjoué, toujours drôle, ce qui fait que même les domestiques d’ailleurs, quand ils sont petits,  disent, Monsieur Jules vient ce soir à la maison, on va pouvoir s’amuser. Donc deux êtres totalement différents, mais qui forment en même temps une seule entité, et c’est l’un des paradoxes de ces frères Goncourt. (Pierre Ménard)

Edmond et Jules de Goncourt sont les auteurs d'une oeuvre foisonnante comprenant romans, nouvelles, articles et, surtout, un colossal Journal dans lequel, volontiers teigneux, souvent drôles, mais d'un humour caustique et cathartique, ils n'hésitent pas à éreinter leurs contemporains.

Jules est très enjoué, Edmond est très caustique, il peut avoir des mots très drôles, et très durs : c’est Ferdinand Bach qui disait qu’il avait toujours l’air de mâchonner un bonbon empoisonné pour le cracher à la figure de quelqu’un... (Pierre Ménard)

Si le Journal apparaît comme un document irremplaçable pour comprendre la vie culturelle de la fin du XIXème siècle et pour pénétrer dans l'intimité des frères Goncourt, il ne commence qu'en 1851, laissant dans l'ombre la jeunesse des deux écrivains. La mise au jour d'archives récentes et la multiplication, ces dernières années, des travaux universitaires consacrés aux Goncourt justifiait l'entreprise de Pierre Ménard de raconter, à nouveaux frais, leur biographie.

Repartant de leur enfance Pierre Ménard nous parle de leur famille, de leur formation scolaire, de la naissance de leur ambition d'artiste qui aboutit à leur partenariat littéraire. Romanciers, journalistes, bientôt diaristes, les frères Goncourt côtoient la Bohème, se font analystes des moeurs (avec leur recueil d'articles portant sur les prostituées, intitulé La Lorette) et historiens de ce XVIIIème siècle qui leur est si cher et qui alimente leur nostalgie.

Moralement réactionnaires et politiquement conservateurs, mais avant-gardistes et provocateurs en littérature, tout à la fois dandys et travailleurs appliqués, Edmond et Jules entretenaient une mutuelle désaffection à l'égard du monde, en miroir de l'affection qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre. C'est peut-être ce qu'il faut, en fin de compte, retenir de ce double portrait que trace pour nous Pierre Ménard : une fraternité immodérée, une gémellité fusionnelle.

Ils se revendiquent comme frères jumeaux alors qu’ils ont beaucoup d’écart et puis, Edmond sera à la fois le frère, et puis le père, un peu, de Jules, avec ses huit ans d’écart. Le père meurt assez jeune, et  leur mère va mourir quand Jules a dix-sept ans et, au moment de mourir, elle prend la main d’Edmond, la met dans celle de Jules et recommande à Edmond de veiller sur son frère. Jusqu’au bout Edmond aura ce côté paternel envers son frère, y compris dans les derniers instants, quand Jules, à cause de la maladie, deviendra fou et retombera dans l’enfance. (Pierre Ménard)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Intervenants
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