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Portraits des auteurs de polars Jean-Patrick Manchette et Raymond Chandler
Épisode 4 :

L'oeuvre au noir de Manchette

59 min
À retrouver dans l'émission

La compagnie des œuvres clôture le dossier consacré à l’auteur Jean-Patrick Manchette en sondant les enjeux politiques et stylistiques de ses romans noirs.

Portrait de l'auteur de polars français Jean-Patrick Manchette en 1979
Portrait de l'auteur de polars français Jean-Patrick Manchette en 1979 Crédits : Louis Monier/Gamma-Rapho - Getty

« L’histoire de gangsters ne m’intéresse pas, mais l’histoire politique à un niveau ou un autre », écrit Jean-Patrick Manchette dans son Journal. C’est à la suite d’un moment crucial de l’histoire politique française, l’échec de la tentative révolutionnaire de mai 68, que ce communiste convaincu se tourne vers l’écriture de romans noirs. Faut-il y voir une tentative de révolution à travers la littérature ? Et face au traitement de l’actualité politique, le travail formel du langage avait-il chez lui sa place ? 

En première partie d’émission, Matthieu Garrigou-Lagrange évoque les enjeux politiques et stylistiques de l’œuvre de Manchette en compagnie de Gilles Magniont, maître de conférences à l’Université Michel de Montaigne - Bordeaux 3 et auteur de Jean-Patrick Manchette et la raison d’écrire (Anacharsis, 2017).

Le style de Manchette est extrêmement travaillé et très difficile à caractériser. Même s'il y a des points communs d'un roman à l'autre, la formule n'est jamais la même. Il y a dans ses romans des moments de lyrisme, des passages qui ressemblent à des poèmes en prose. Il y a de la provocation, de l'ironie. Il y a parfois, comme dans L'affaire N'Gustro, un caractère volontairement ordurier. Il y a enfin dans chacun de ses textes une forme de concision, qui s'accompagne d'une très grande densité. (Gilles Magniont)

En seconde partie d’émission, Dominique Rabaté, professeur à l’Université de Paris, revient en notre compagnie sur l’œuvre de Manchette, et plus particulièrement sur l’un de ses romans, à propos duquel il a livré une étude intitulée Nada, un livre sur rien ?

« Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien […] qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style. Un livre qui n’aurait presque pas de sujet ou du moins où le sujet serait invisible, si cela se peut… » Cette intention littéraire, définie par Flaubert dans une célèbre lettre à Louise Colet, pourrait-elle être prêtée à Manchette ? Lorsqu’il écrit Nada, polar sur la question du terrorisme d’extrême gauche, cherche-t-il effectivement à écrire sur le « rien », à soustraire l’intrigue au roman, avec ce même sens de l’ironie et du style qui caractérisait Flaubert ? Et cette violence à l’œuvre dans Nada, qui n’a rien d’une violence révolutionnaire, mais frappe par son caractère outrancier et gratuit, serait-elle l’aboutissement de l’écriture du néant ?

Au lieu d'écrire un livre sur « rien » comme Flaubert, Manchette écrit « nada », c'est-à-dire qu'il écrit le livre de ceux qui sont des nihilistes, des anarchistes, et dont il a va montrer l'inanité. (Dominique Rabaté)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Intervenants

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