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Philip Kindred Dick (1928-1982) photographié en 1953.
Épisode 3 :

Dick notre contemporain

58 min
À retrouver dans l'émission

La science-fiction de Philip K. Dick n'a rien d'une douce rêverie optimiste sur les miracles technologiques à venir. C'est, bien au contraire, notre présent que transposent ces anticipations angoissées du chaos que sont les romans de Philip K. Dick.

Robot à l'effigie de Philip K. Dick participant à une conférence de presse au Media Village à l'occasion du Sommet du Web 2019. Altice Arena, Lisbonne, Portugal, 6 Novembre 2019.
Robot à l'effigie de Philip K. Dick participant à une conférence de presse au Media Village à l'occasion du Sommet du Web 2019. Altice Arena, Lisbonne, Portugal, 6 Novembre 2019. Crédits : Stephen McCarthy/Sportsfile - Getty

Pour parler de la contemporanéité de l'oeuvre de Philip K. Dick nous serons en dialogue avec Ariel Kyrou. Journaliste, écrivain et essayiste, il est le scénariste avec Yann Coquart du documentaire « Les mondes de Philip K. Dick », auteur d'un ABC Dick (Ed. Inculte, 2009) et tout récemment d’un essai, Dans les imaginaires du futur (Ed. ActuSF, 2020), où Philip K. Dick est au cœur du propos. Nous verrons avec lui en quoi nous pouvons envisager Philip K. Dick, mort en 1982, néanmoins comme notre contemporain.

Contemporain, il l'est sans doute d'abord au sens que le philosophe italien Giorio Agamben donne à ce terme : « Seul peut se dire contemporain celui qui ne se laisse pas aveugler par les lumières du siècle et parvient à saisir en elles la part de l’ombre, leur sombre intimité. » Rien de plus vrai concernant Philip K. Dick, lui dont l'oeuvre éclaire notre présent à proportion de son caractère désenchanté, sombre. Critiques, voire pessimistes, les textes de K. Dick visent peut-être moins à nous alerter sur les dérives possibles et futures de notre société que sur ses dérives présentes. En « réinventant le réel comme fiction » (Ariel Kyrou), il nous conduit à ce « retour au réel par la case désastre » dont parle notre invité. 

Cette pensée du désastre, qui pourrait s'appliquer à la majeure partie de sa fiction, K. Dick l'a mise en scène avec une lucidité pétrifiante.

Il anticipe le réchauffement climatique […] et comment il l’anticipe ? Tout simplement parce qu’il lit dans un journal quelque chose sur le réchauffement climatique avec cette possibilité que dans les années qui viennent les températures montent de un, deux, trois, quatre degrés, il pousse le bouchon très très loin, et il le met en scène au travers du quotidien, le sien, en l’occurrence celui de son personnage du Dieu venu du Centaure. (Ariel Kyrou)

Si l'écrivain semble anticiper en visionnaire sur les enjeux écologiques les plus brûlants, justice doit aussi être rendue à des textes qui sidèrent par leur subtilité. Dans les mondes de K. Dick, le désastre se développe sur le temps long, appartient à un temps véritablement historique qui comprend les causes du processus d'effondrement, ce processus lui-même et ses conséquences.

Lorsqu’il met en scène un monde postapocalyptique, comme dans Dr Bloodmoney, comme dans Blade Runner – donc Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? qui est le roman à son origine – il met en scène un désastre qui dure, en quelque sorte, qui fonctionne sur le long terme, un peu comme la radioactivité. Comme si le désastre, l’apocalypse, n’était pas quelque chose à venir, n’était pas quelque chose qui s’est passé auparavant : on est totalement dedans et on essaye de faire avec. (Ariel Kyrou)

Philip K. Dick, un collapsologue avant l'heure ?

Ce serait perdre de vue que cette conscience de l'effondrement des sociétés ne résume pas la densité de l'oeuvre dickienne. Articulée à une méfiance technologique avertie des ambivalences inhérentes à tout progrès, le sentiment d'une catastrophe écologique planétaire est moins l'objet central de Dick qu'une des formes possibles d'un chaos futur. L'anéantissement de l'être humain tel que nous le connaissons pourrait tout aussi bien passer par le cataclysme nucléaire, comme dans Le Docteur Bloodmoney, ou l'instauration d'un système de surveillance réduisant l'homme à l'état de machine, comme dans Substance mort.

Autant de préoccupations lancinantes à rattacher à la grande interrogation dickienne sur l'humain, dont l'androïde et l'intelligence artificielle viennent questionner la nature.

Pour lui, et je crois que c’est ça qui est primordial, la machine n’est pas forcément une machine au sens matériel du terme : l’humain peut devenir une machine [...]. Ce qui fait la différence entre l’humain et l’androïde, c’est l’empathie. (Ariel Kyrou)

Penseur du transhumanisme donc, mais aussi marxiste habité d'une foi fervente, futurologue fasciné par une science qu'il critique dans ses fictions, c'est peut-être, en définitive, parce qu'il réunissait tant de contradictions que Philip K. Dick est, de tous les hommes du passé à avoir écrit sur notre avenir, le plus contemporain.

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Bibliographie

Abc Dick

Abc DickAriel KyrouÉditions Inculte, 2009

Intervenants
  • Directeur éditorial de solidarum.org et de la revue “Vision solidaire pour demain”. Essayiste qui utilise la SF et le monde contemporain pour penser le monde d’aujourd’hui.
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