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Photo prise en 1975 de Jean Renoir, réalisateur français de cinéma, vérifiant un cadrage à la caméra.
Épisode 4 :

Renoir père et fils

58 min
À retrouver dans l'émission

Renoir : un nom magique pour la cinéphilie mais aussi, ne l'oublions pas, pour tous les amoureux de peinture. Avant Jean, il y eut Auguste, avant le monstre sacré du cinéma français, le peintre de génie. Retour aujourd'hui sur la relation entre le père et le fils.

Jean Renoir comme chasseur (1910). Par Pierre Auguste Renoir (1841-1919).
Jean Renoir comme chasseur (1910). Par Pierre Auguste Renoir (1841-1919). Crédits : Fine Art Images/Heritage Images - Getty

Pour nous parler des liens entre Auguste Renoir et son fils, Jean, nous recevons aujourd'hui Sylvie Patry, directrice de la conservation et des collections du musée d’Orsay, commissaire de l’exposition et directrice du catalogue Renoir père et fils (Musée d'Orsay/Flammarion, 2018).

Jean Renoir, selon ses propres dires, n'aurait fait de film en film qu'imiter son père. Faut-il le prendre à la lettre et supposer que le cinéma puisse intégralement transposer la peinture sans la modifier ? Un tel propos, outre l'admiration qu'il dévoile pour le père, semble davantage obscurcir l'énigme Renoir qu'éclairer son esthétique cinématographique.

Avec notre invité nous essaierons donc de comprendre quel regard portait Jean sur les tableaux de son père, quelle dimension l'intéressait dans la peinture et ce que cet art, à maints égards antithétique au cinéma, a pu lui enseigner.

C’est vrai que Jean a été beaucoup dans la comparaison et c’est impressionnant d’ailleurs, à l’entendre : il ne s’est pas vraiment libéré de cette question de la hiérarchie des arts. Et on sent effectivement qu’il place dans une position de supériorité la peinture. Alors je pense que Jean Renoir a quand même été très soucieux de la spécificité de son medium, du cinéma, et qu’il n’a pas cherché à filmer comme on peint. D’ailleurs il met bien en avant les différences entre les deux pratiques artisitiques et les deux regards. (Sylvie Patry)

Mais avant la filiation artisitique, il y a en premier lieu et surtout la filiation naturelle. Curieuse filiation d'ailleurs que celle de ces deux artistes qui élisent, l'un après l'autre, la même muse en la personne de Dédée Heushling, future épouse de Jean. Celle que le père avait adoré peindre, le fils adorera la filmer et déclarera même ne s'être lancé dans le cinéma que pour faire de sa femme une vedette. Comme son père en avait fait l'une de ses modèles de prédilection, Jean va faire d'elle l'interprête principale de ses premiers films : La Fille de l'eau, Nana ou encore La Petite fille aux allumettes

Il y a effectivement cette liberté d’approche du corps féminin et c’est vrai qu’on la retrouve dans les tableaux de Pierre-Auguste Renoir et qu'on la retrouve aussi dans l’oeuvre de Jean. Je pense par exemple à un court métrage très fascinant, quasiment hypnotique, Sur un air de Charleston où l’on voit Dédée qui a été le dernier modèle de Renoir, qui devient la première actrice, le premier modèle de Jean si je puis dire, et la première femme de Jean. On la voit danser de manière extrêmement libre avec, on dirait aujourd’hui : un bikini [...]. Il y a cette approche assez directe, immédiatement sensuelle du corps féminin. (Sylvie Patry)

L'autre trait d'union entre les deux Renoir, c'est Gabrielle Renard, qui servira à Jean de nourrice et pour laquelle il gardera toujours un attachement profond. Modèle affectionné du peintre, « Ga », comme l'appelle la famille Renoir, sera chérie par Jean à l'égale d'une mère, sinon plus encore.

Gabrielle c’est vraiment une figure absolument clé. Et dans tous les textes et les témoignages que Jean a laissés sur sa propre vie, à mon sens c’est une des figures les plus bouleversantes. Les derniers mots de son livre autobiographique c’est “attends-moi Gabrielle” ; Gabrielle est morte avant Jean et ça a été un déchirement. (Sylvie Patry)

Après la mort d'Auguste, sa peinture restera à Jean comme seule issue pour revenir à lui et motivera un travail de regard et de recréation concrétisé par des films nourris des souvenirs paternels. Héritant de la conviction qu'un artiste sait voir la beauté partout, Jean n'aura de cesse de mettre en oeuvre ce principe et d'aiguiser une sensibilité, une sensualité déjà travaillée par Auguste.

Il y a vraiment ce que Bazin appelait une “sensibilité commune”, une sorte d’approche, cette idée d’un continuum entre l’art et la vie, cette fluidité en fait, cette idée que l’oeuvre, que l’art est là pour capter la vie, pour être en prise directe. (Sylvie Patry)

Ultime hommage au père autant qu'exercice d'introspection filiale, la biographie que Jean consacre à Auguste appose le point final à une relation qui, à travers l'art, a pu ne pas s'interrompre à la mort du peintre. Auguste avait fixé, du pinceau, le portrait de son fils ; cette biographie apparaît finalement comme une juste retour.

Pourquoi en définitive consacrer une émission aux Renoir, père et fils ? Simplement parce qu'ils nous ont transmis, chacun suivant leurs moyens, probablement les meilleurs portraits qu'il nous reste l'un de l'autre.

En milieu d'émission nos auditeurs pourront entendre la chronique de Stéphanie Genand, professeure à l'université de Bourgogne.

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (début) : Panama, de The Avener (Capitol)

MUSIQUE GÉNÉRIQUE (fin) : Nuit noire, de Chloé (Lumière noire)

Bibliographie

Intervenants
  • Directrice de la conservation et des collections du musée d’Orsay à Paris
  • Professeur à l'Université de Bourgogne, spécialiste de la littérature du XVIII° siècle, présidente de la société des études Staëliennes
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