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Des appareils Minitel prise le 12 juin 2012 dans les locaux de la sociéte de recyclage "Envie 2e" à Toulouse. Le Minitel s'est éteint définitivement le 30 juin 2012, date anniversaire des 30 ans de son lancement commercial.

Internet

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Nous avons l’habitude, en France, des grands réseaux qui ferment. Nous avons connu la télématique.

Des appareils Minitel prise le 12 juin 2012 dans les locaux de la sociéte de recyclage "Envie 2e" à Toulouse. Le Minitel s'est éteint définitivement le 30 juin 2012, date anniversaire des 30 ans de son lancement commercial.
Des appareils Minitel prise le 12 juin 2012 dans les locaux de la sociéte de recyclage "Envie 2e" à Toulouse. Le Minitel s'est éteint définitivement le 30 juin 2012, date anniversaire des 30 ans de son lancement commercial. Crédits : PASCAL PAVANI - AFP

Nous avons l’habitude, en France, des grands réseaux qui ferment. Nous avons connu la télématique. Ce que je préfère, dans le Minitel, outre la forme et la couleur de l’objet, qui évoque les chunk au chocolat que les fabricants de cookies mettent en remplacement des pépites quand ils veulent vraiment nous impressionner, c’est le moment de son apparition. 

Histoire apocryphe du Minitel

L’histoire est sans doute apocryphe — comme celle qui voudrait que le premier Macintosh ait été inspiré du Minitel — mais terriblement française : on est le soir avant Austerlitz, les meilleurs ingénieurs de France sont réunis autour d’un diagramme à double entrée. Sur les abscisses, le taux de diffusion des différents médias. Sur les ordonnées leur taux d’interactivité. Quelqu’un place le téléphone tout en haut à gauche : interactivité très haute, diffusion restreinte. La radio part en bas tout à droite : interactivité nulle, diffusion élevée. On dispose ainsi tous les médias entre les deux axes. À la fin, un vide apparaît : il n’existe pas de média de diffusion universelle et de haute interactivité. C’est ici qu’il faut opérer une percée. On sait se souvenir, en France, de la grande leçon de Napoléon : concentrer toutes ses forces sur le point le plus faible. 

Ces Austerlitz finissent souvent en Waterloo, mais le temps du triomphe aura ravi tout le monde. On parle encore de ces américains qu’on avait émerveillés en leur montrant qu’ici on pouvait réserver un vol en Concorde depuis son lit — autre scène apocryphe, sans doute Le Waterloo du Minitel, c’est Internet, évidemment, Internet avec un "I" majuscule. J’ai essayé plusieurs fois de me passer de la majuscule dans mes livres, en opposant la jurisprudence frigidaire et en expliquant à mes correcteurs qu’Internet, c’était comme l’eau courante, invisible, inodore et éternel : le nom commun absolu. On ne mettait pas de majuscule à imprimerie. 

La disparition d'Internet

Je me trompais et c’est eux qui avaient raison. Internet n’existe quasiment déjà plus. Je m’en suis rendu compte en achetant une Apple Watch : la quintessence de l’objet connecté ne possède plus de navigateur web. On peut faire une courte histoire de la disparition d’Internet. Un réseau génial est apparu, comme un nouvel océan qui venait de s’ouvrir. Tout le monde a construit des caravelles, et toutes ont fait naufrage, ou presque, avec l’explosion de la bulle. Le réseau était difficile à monétiser, et seule quelques flottes ont survécu. Une seul flotte, en fait, celle de Google. 

Google avait trouvé une manière de transformer le sel de la mer en argent véritable : en recopiant le web, en le classant et en le revendant à la découpe — pour presque rien, quelques secondes d’attention publicitaire. Google est devenu, très vite, une énorme baleine dont le ventre touchait le fond de la mer, une baleine échouée que nous devions arroser avec nos yeux pour qu’elle survive. Autant se passer d’une entité si absurde et si grosse. Ouvrons un nouvel océan, s’est dit Mark Zuckerberg. C’est super il y aura de la place pour mettre plein de gens dedans — qu’ils arrêtent, enfin, de se prendre pour Greenpeace, et d’arroser la baleine. Le succès a été prodigieux, malgré quelques limites, bien résumé par cette petite blague : j’ai téléchargé une application qui permet de dire de façon infaillible lequel de tes potes est raciste. Ça s’appelle Facebook. La grande question contemporaine, ce serait alors de filtrer l’eau des océans. Le problème c’est que serait la fameuse bulle de filtre qui aurait empoisonné l’eau.  Il faudrait tout reprendre à l’envers. 

Que faisaient les gens, à l’âge d’or d’Internet. Ils surfaient. Vraiment ? Ils posaient plutôt des questions à Google. Ceux qui surfaient, c’était ceux qui avaient de troubles insomniaques. Il faudrait un appareil qui les aident à dormir, et qui répondent à leur question : c’est précisément là qu'apparaît l’Apple Watch. Fini les océans, fini la pollution visuelle, retour à la case Macintosh : un vélo pour l’âme, disait Jobs. Soit quelque chose situé d’assez bas, sur le diagramme des moyens de transports. D’à peine un peu plus haut sur celui de l’interactivité, et d’assez proportionnel, au niveau de l’intelligence. C’est au fond une excellente nouvelle : on garde le meilleur du progrès, l’ingéniosité technique, on enlève toute idée d’utopie. 

Personnellement, ça fait 20 ans que j’entends à chaque nouvelle technologie qu’elle va changer le monde, que c’est la brèche ultime, la dorsale incandescente, la nouvelle Altlantide. C’est un peu fatigant et plutôt mensonger. Cette montre, en la mettant pour la première fois, c’était comme un Océan qui se refermait.  Soit, en termes techniques, une surrection montagneuse : le triomphe de la Suisse.

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