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Le sapin de Noël de la cour de l'Elysée, à Paris, en décembre 2016.

Le sapin, les guirlandes LED et un souvenir de Truman Capote

3 min
À retrouver dans l'émission

Avant, les sapins, on les achetait le 20 décembre, on les décorait le 21, on était paré pour le 24. C’était avant. Le sapin, c’est maintenant.

Le sapin de Noël de la cour de l'Elysée, à Paris, en décembre 2016.
Le sapin de Noël de la cour de l'Elysée, à Paris, en décembre 2016. Crédits : Chesnot - Getty

Noël arrive de plus en plus tôt. Je veux parler de l’atmosphère dite de la magie de Noël, les flocons, les sapins, les lutins, le doré, l’argenté, les bougies, les trucs rouges, les catalogues de jouets,  les pubs à la télé, les gros bonshommes à barbe neigeuse.

C’est que nous sommes pressés, de plus en plus pressés, et stressés, paraît-il. Cela s’appelle la pression de la consommation. J’ai même vu une galette des rois dans une vitrine, qui essayait de se faufiler. Mais chacun son tour, elle a été refoulée.

Avant, les sapins, on les achetait le 20 décembre, on les décorait le 21, on était paré pour le 24. C’était avant. Le sapin, c’est maintenant. Hier, en traversant un Luxembourg livide, toutes feuilles tombées, chrysanthèmes décolorés, j’ai vu, sur une pelouse, un immense sapin mort.

Allongé comme une maigre baleine échouée. 

Autour de lui, une ribambelle d’enfants en gilets jaunes de survie, se taisaient, incrédules. Ils agitaient perplexes leurs petites cagoules, leurs petites têtes, veux-je dire avec des cagoules autour. Les enfants sentent quand ça ne va pas. Ce sapin mort, gigantesque, dans un jardin qui n’en contient aucun, et ce tout à fait au début du mois de décembre, c’était bizarre. 

Je me suis dit que c’était peut-être le sapin de l’Elysée, mais non, le sapin du Président vient du Morvan. Il fait treize mètres et pèse deux tonnes. Il a quitté sa sapinière mardi et arrivera samedi en péniche au port des Champs Elysées. Il sera décoré de 2000 mètres de guirlandes avec ampoules LED basse consommation. Il faudra douze personnes pour le décorer . 

C’est le point que je voulais soulever. Les ampoules LED. Un vrai problème. Allumées, ça fait à peu près la blague. Mais éteintes, c’est une catastrophe : ces petites cages en forme de robes à  paniers auxquelles sont accrochés de pauvres petits filaments tout piteux, comme crachés par une araignée malade, ça ne fait pas magie de noël, ça fait papier tue-mouche sur nos avenues.

Je sais bien que les guirlandes sont un détail, que les économies d’énergie sont la priorité.  Je sais bien que les LED si bien nommées sont un pas en avant vers la réduction de la pollution lumineuse. N’empêche, c’est raté. Nous avons vraiment des problèmes de mobilier urbain. 

Autre détail : On pourrait demander pour Noël des abribus qui ne soient pas uniquement conçus pour embêter les SDF, grâce à leurs courants d’air exceptionnels, leurs bancs de travers, leurs rampes anticorps, on pourrait demander. On pourrait demander qu’on laisse leurs duvets et leurs couvertures aux jeunes réfugiés, au lieu de les leur voler et de les jeter aux ordures. Mais on n’est que le 7 décembre, je me laisse entraîner. 

Pour retrouver le vrai goût de Noël, comme disent les rédacteurs des pages idées cadeaux, je relis Un souvenir de Noël de Truman Capote. Dans une odeur de citron, de gingembre, de vanille, d’écorces d’oranges, et d’écorces d’arbres, un petit garçon prépare des cakes de Noël, conçoit une exposition de poussins à trois pattes, et part à la recherche du sapin idéal. Pour l’atteindre, il faut, comme dans les contes, marcher un jour durant, croiser des grenouilles ventriloques larges comme des assiettes et affronter des castors déchaînés. Buddy, son héros, refuse de vendre son trophée à de riches adultes qui passent en voiture.

Vous pourriez pourtant aller en chercher un autre tout pareil, proteste la femme agacée. 

Et il répond : Ça m’étonnerait. Il n’y a jamais deux fois d’une même chose

 Geneviève Brisac

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