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Photo d'archive d'une école primaire de garcons dans une ville non identifiée en France, lors de la rentrée des classes en 1951.

La chorale, les dictées et un souvenir de Robert Musil

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À retrouver dans l'émission

Les nouveaux piliers de la cathédrale éducative

Photo d'archive d'une école primaire de garcons dans une ville non identifiée en France, lors de la rentrée des classes en 1951.
Photo d'archive d'une école primaire de garcons dans une ville non identifiée en France, lors de la rentrée des classes en 1951. Crédits : AFP

Ce matin,  je voudrais me pencher sur les nouveaux piliers de la cathédrale éducative qu’a entrepris de bâtir notre ministre de l’Education. 

Me pencher n’est pas le mot, car il s’agit au contraire de lever la tête, d’admirer l’ambition. 

Premier pilier, la dictée quotidienne. C’est génial. J’ai toujours adoré les dictées. Probablement parce que sans me vanter j’ai toujours eu une orthographe parfaite. Ce n’est pas mon trait de caractère le plus sympathique, mais c’est comme ça. 

J’ai remarqué que les personnes qui aiment les dictées sont souvent celles qui ne font pas de fautes. Les autres sont moins fanas.

Napoléon, par exemple , qui faisait trois fautes par mot, détestait l’exercice.

Les Français aiment les dictées, surtout quand l’école est derrière eux.  L’idéal serait qu’il existe une dictée de Johnny.  À défaut, nous avons la dictée de Prosper Mérimée, un peu oubliée et c’est regrettable, avec ses cuisseaux de veaux et ses cuissots de chevreuil. Mais on ne juge pas une dictée sur son contenu. C’est pourquoi l’exercice n’a jamais donné l’envie de lire à qui que ce soit. Le goût des livres passe par tout autre chose.

Mais  les Français aiment les dictées, Souvenez-vous des concours de  dictée de Bernard Pivot . 

Deuxième pilier, la suppression des téléphones portables, des tablettes et des écrans au collège. Rien à dire, je suis ,comme tout le monde à fond pour. Car, comme tout le monde, je suis pour la concentration, le silence en classe, et contre la distraction généralisée.  (surtout la distraction généralisée des autres, je supporte beaucoup mieux la mienne.)

Je peux imaginer les envies de meurtre d’un enseignant face à une classe en train de tchatter, de surfer, de se montrer des photos de chatons, d’essayer de nouveaux jeux, ou de harceler des camarades par voie électronique. 

Et je n’évoque même pas la destruction de milliards de neurones qu’on pourrait ainsi enrayer. 

M. Blanquer l’a très bien expliqué : en conseil des ministres, nous déposons nos portables dans des casiers avant de nous réunir. Il me semble que cela est faisable pour tout groupe humain, y compris une classe. C’est vrai, quoi. Tout groupe humain le peut.

Troisième pilier, et pas le moindre, l’installation de chorales dans tous les établissements. 

Là encore, si j’en juge par le succès d’un film comme les Choristes, il y a treize ans déjà, c’est dans la poche. In the pocket.

Chanter est un droit humain et un plaisir collectif. Le chant adoucit les mœurs, même s’il durcit aussi les cœurs, comme le signalaient les frères Jacques. Le chant choral réchauffe l’âme et favorise l’esprit de groupe, comme le savent les curés, les militaires, les moniteurs de colos et les autres groupes humains aussi.

En outre, l’avantage immense du chant choral, c’est que, même avec une voix de canard, on peut éprouver les joies d’une soprano dans la Reine de la nuit. 

Je trouve seulement dommage que Jean-Michel Blanquer s’arrête en si bon chemin. Trois piliers ce n’est pas assez. 

Pourquoi ne pas rétablir la blouse grise, qui neutralise les différences sociales. Je suis pour. Pourquoi ne pas en revenir aux classes séparées, rétablir la non-mixité. C’en serait fini de toute cette perturbation que sèment les relations entre filles et garçons. Les garçons ne se taperaient plus la honte d’être moins bons que les filles, qui les rend agressifs. Ils seraient plus gentils. Les filles n’auraient plus besoin de se demander qui est la plus belle. Elles seraient mieux concentrées. Bref. Je suis pour. Comme tout le monde. Nous aimerions tous que tout soit tranquille et doux, et paisible, comme avant , dans nos petits villages. Nos petits villages imaginaires qui n’ont jamais existé, mais qui sont le fonds de commerce du populisme ambiant. 

En cas de nostalgie persistante, relisez les désarrois de l’élève Törless, le si beau livre de Robert Musil : on y voit les ravages de l’enseignement répressif, hiérarchique, autoritaire, fondé sur la cruauté, l’esprit de compétition poussé jusqu’à la folie. Construit sur l’humiliation des faibles. C’était au siècle dernier. N’oublions jamais !

Geneviève Brisac

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