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Le Voyageur contemplant une mer de nuages, (1818) peinture à l'huile de Caspar David Friedrich (1774-1840)

L'invention des nuages

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Si on parlait de la pluie et du beau temps ? Ou plutôt, des nuages, des merveilleux nuages qui passent dans le ciel d’octobre ? Il y a un homme qui a « inventé les nuages » (L’Invention des nuages est le titre d’un livre qui le raconte).

Le Voyageur contemplant une mer de nuages, (1818) peinture à l'huile de Caspar David Friedrich (1774-1840)
Le Voyageur contemplant une mer de nuages, (1818) peinture à l'huile de Caspar David Friedrich (1774-1840) Crédits : Caspar David Friedrich - Getty

Cet homme leur a donné des noms, les noms que nous connaissons : les cirrus, cumulus, stratus… Son nom à lui, le nom de cet homme, est peu connu : il s’appelle Luke Howard. Il est Anglais – pouvait-il en être autrement ? C’est un pharmacien, un chemical philosopher, qui connaît bien Linné, le Système de la nature, les classifications botaniques.

L'homme qui sut distinguer les nuages

Un soir de décembre 1802, à Londres, il prononce sa conférence sur les modifications des nuages. L’année suivante, elle est publiée dans un essai illustré de poétiques gravures : modifications simples, intermédiaires, composées. Quelques années plus tard, Goethe veut rencontrer « l’homme qui sut distinguer les nuages ». Ils ne se rencontreront pas, mais ils s’écriront. Goethe conseillera ensuite aux peintres d’Allemagne du nord, ceux qu’il connaît bien, Carus, Caspar David Friedrich, de peindre des nuages « d’après Howard ». Friedrich, le célèbre peintre du Voyageur au-dessus de la mer de nuages, refusera : ce serait, dira-t-il, « la mort du paysage en peinture ». Mais dans le pays de Luke Howard, vers 1822, Constable ira chaque jour sur la colline de Hampstead peindre des « cloud studies » en nommant ses nuages d’après la classification de Howard. On pourrait s’arrêter là, sur cette belle alliance de la science et de l’art, sur ce moment européen où les nuages quittent le ciel divin pour devenir objet scientifique et esthétique : parfois, comme dans les tableaux de Constable, il n’y plus que des nuages, sans référent terrestre, sans personnage. Mais l’histoire de la classification des nuages raconte encore autre chose.

Poésie de la météorologie

La même année 1802, Lamarck, le « naturaliste » français, celui qui anticipa l’évolutionnisme, invente lui aussi, sans connaître Luke Howard, une classification de nuages, en français. Il en invente même plusieurs, trois au moins : ses nuages s’appellent diablotins, coureurs, demi-terminés, en balayures, en lambeaux… Pourquoi la classification de Howard l’a-t-elle emporté ? Parce que, dit-on, elle est en latin : langue alors transparente à la communauté scientifique. Je crois que ce n’est pas la bonne raison. Je crois que Lamarck a été pris de vertige devant ces formes mobiles, devant ce réel en perpétuelle transformation. Alors saluons Luke Howard qui, écrit Goethe dans son poème « En l’honneur de Luke Howard », « définit l’indéfinissable ». Mais n’oublions pas Lamarck dans cette histoire. Sans tomber dans le mythe du pauvre Lamarck méprisé par Napoléon, sans faire de Lamarck un « insoumis », on peut s’amuser de ces lignes qu’il écrit dans l’article « Météorologie » du Nouveau dictionnaire d’histoire naturelle, à propos des météores, « dont, dit-il, nous avons tant à redouter » : « L’insubordination et le désordre [sont] le propre de cette enveloppe fluide de notre terre. » « A Paris, ajoute-t-il, un individu, dont le goût de l’observation s’étend à tout ce qu’il peut apercevoir, n’a pu admettre cette dernière pensée ». Cet individu, c’est lui-même. La météorologie, alors, entend bien mettre de l’ordre dans le désordre.

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