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Segolene Royal présente la Renault Clio "Electrico" en 1992

La France automobile

5 min
À retrouver dans l'émission

Les marques automobiles française : l’empire du milieu de gamme.

Segolene Royal présente la Renault Clio "Electrico" en 1992
Segolene Royal présente la Renault Clio "Electrico" en 1992 Crédits : REGLAIN/Gamma-Rapho - Getty

Avec son nom qui fleure bon l’aventure, ses optiques rieuses, son aileron arrière intégré au hayon qui vient réveiller sa silhouette de belle endormie,  la marque au losange a frappée un grand coup avec le lancement de son nouveau navire amiral : la Safrane. Oui, vous avez reconnu : c’était une imitation de Dominique Chapatte, le présentateur de Turbo, l’émission de M6 consacrée aux voitures. Il y a trois choses qui ne vieilliront jamais à la télé : Question pour un Champion, les émissions rétrospectives sur les chanteurs morts et les magazines automobiles. 

J’ai encore frissonné il y a quelques jours devant le sous-virage d’une 205 Rallye dans une émission sur les youngtimers — ces séries limitées des années 80-90 devenues des voitures de collections abordables, comme la Clio Williams ou la 309 GTI16. 

J’ai eu une période voiture, au début des années 90. L’un des deux meilleurs livres que j’ai jamais lu — l’autre, c’était un catalogue Kiloutou —  c’était le hors série Toute les voitures du monde - spécial salon 1992 du magazine L’auto-journal. Il y avait une AX à phares jaunes en couverture. Toute une époque. Mes parents roulaient en BX. Le compteur était un cylindre aux grands chiffres compressées oranges qui tournaient derrière une aiguille immobile et le système de suspension hydro-pneumatique révolutionnaire conduisait la voiture à s’élever légèrement quand on mettait le contact — équivalent waouh, pour la classe moyenne, des porte-papillons de la Lamborghini Countach. J’avais atrocement mal au cœur, mais cela en valait la peine.  Les marques automobiles françaises avaient empoisonné mon enfance mais je les aimais quand même. 

Les marques automobiles française. L’empire du milieu de gamme. 

Tout une idée de la France, entre le Diên Biên Phu automobile — la R14, concurrente malheureuse de la Golf — et le panache inattendu de la XM — la revanche de la DS du général de Gaulle, une voiture à la ligne absolument inédite, et assez largement invendable. 

Il existe, au milieu des ruines de l’usine PSA d’Aulnay, un musée Citroën. Depuis que j’ai emmenée ma fille dans ce hangar à peu près aussi, intéressant, pour elle, que la visite de n’importe quel parking souterrain, c’est devenu un sujet de blague entre nous, le mercredi après-midi. Tout, les égouts, les Catacombes ou la chapelle expiatoire de Louis XVI, tout, mais pas ça.  C’est pourtant pas si mal, ce petit musée. Qui sait qu’il a existé, véritable supercar à la française, une SM Maserati ? Qui se souvient du concept car Eole de 1986,  la première voiture à avoir été entièrement dessinée sur ordinateur — je mets n’importe qui au défi de trouver, toute époque et toutes marques confondues, un modèle plus futuriste.  Je vous vois venir. Vous doutez de mon objectivité, que vous liez trop facilement au fait que mes parents aient eu une BX. Eh bien pas du tout. Le premier jugement esthétique dont je me souvienne, c’était une détestation instinctive et irrépressible de la CX, celle au hayon concave. Et je sais que je l’ai haï pour des raisons esthétiques car c’était la voiture, j’en étais désolé pour elle, des parents de mon amoureuse de CP. Toute hérissée de tentatives ratées d’accès au premium, de la diagonale improbable de l’Alpine, fabriquée à Dieppe et destinée à briller sur les lacets nocturne du rally de Monte Carlo, à la sulfureuse Fuego — mes voisins en avaient une et cela suffisait à les rendre infréquentables — la France automobile semble avoir trouvé sa place définitive dans le milieu de gamme. Si ses modèles sont ainsi appelés à triompher dans les pays émergents, où ils signalent, de la Chine à l’Iran, une heureuse intégration à la classe moyenne, ils possèdent, vus de France, une agréable indolence, particulièrement sensible quand on remonte la Seine de Paris en Havre, à travers les méandres bucoliques d’une métropole fantôme interrompue ici ou là par des usines automobiles géantes, celle de Peugeot à Poissy, celles de Renault à Flins, Cléon et Sandouville. Imaginez, un instant, la souffrance des Italiens, tiraillés entre Fiat et Ferrari : les Français ont raison d’être fiers de leur milieu de gamme ; ils sont en paix avec eux-mêmes, en harmonie avec leur histoire industrielle.  Je me souviens d’un voyage à La Réunion : il n’y a avait à perte de vue qu’un seul modèle de voiture, une Clio blanche, éblouissante et tropicale. Je ne m’était jamais autant senti en France. La concurrence est mondiale et les identités sont liquides, mais être Français, c’est se décider presque toujours, et de la façon la plus cartésienne qui soit, pour l’achat d’un véhicule de l’une des trois marques nationales.

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