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Couverture L'Express visible sur la devanture d'un kiosque à Paris, 9 Mai 2017,  Paris, France.

La presse magazine

3 min
À retrouver dans l'émission

La presse magazine est la salle d'attente du temps lui-même.

Couverture L'Express visible sur la devanture d'un kiosque à Paris, 9 Mai 2017,  Paris, France.
Couverture L'Express visible sur la devanture d'un kiosque à Paris, 9 Mai 2017, Paris, France. Crédits : AFP

On attendait autrefois d’être malade pour lire Voici chez le médecin. Lire Voici, c’était comme la première étape du processus de guérison. Quand la presse s’est trouvée en difficulté, elle a eu le même réflexe, celui qu’on a tous, elle est entrée dans la salle d’attente d’un cabinet médical, où l’attendait une pile de Voici. Il doit y avoir des sociétés qui gèrent les abonnements à destination du corps médical : c’est toujours ça de pris.

Les salles d'attente, promesse d'un voyage dans le temps

Ca m’a fait penser à ce que serait un monde sans kiosques. On voit à peu près ce que ça donnerait, le dimanche : des vendeurs à la sauvette dans les rue piétonnes et des piles de journaux dans les boulangeries. Pour les magazines, les tables basses des cabinets médicaux feraient parfaitement l’affaire. A condition, peut-être, de renforcer le rythme, car il y a pour l’instant un délai qui semble incompressible entre leur parution et leur diffusion médicalisée. C’est ce que je me disais, l’autre jour, devant la Une dithyrambique de L’Obs de la fin du mois du mai : « Il ose tout. Il nomme un premier ministre de droite. Il disperse les partis façon puzzle.» Une véritable capsule à voyager dans le temps, un télescope pointé sur la source, un peu tarie, de l’état de grâce. D’où vient ce sentiment, face à la Une encore récente d’un magazine, que le temps est passé à travers elle en la laissant intacte ?

Le temps, machine à ridiculiser les unes

Je ne parle pas seulement de cette impression, injuste, que la presse se tromperait systématiquement — rien de plus cruel, ni de plus vain, que de lire la presse à contre-temps. On a vu passer, l’an dernier, en pleine campagne présidentielle américaine, la première brève que le New York Times avait consacré à Hitler, en 1922 : « plusieurs sources fiables et bien informées ont confirmé l'idée que l'antisémitisme d'Hitler n'est pas aussi sincère et violent qu'il en a l'air. » Résultat : la brève a été reprise partout, et Trump a été élu. Le présent est injuste mais, contrairement à la presse, il ne commet pas d’erreur : il n’y a jamais d’anomalie dans le présent, ou bien il y aurait des trous dans l’univers. L’actuel est l’autre nom du vrai. Le passé, lui, est plein d’erreurs. Ce pourrait être une explication possible du passage du temps : un grand protocole de correction. Une machine à ridiculiser les Unes, toujours un peu trop confiantes, de la presse magazine.

La contemplation de la durée pure

Néanmoins, celle-ci parviennent, parfois, dans ces enclaves un peu hors du temps qu’on appelle, précisément, des “salles d’attente” — des sas de décompression du présent, des lieux dédiés à la contemplation de la durée pure — à retrouver des lecteurs attentifs. Le passé, plein d’audace et d’erreurs, d’enthousiasme et de bêtise, remonte alors à la surface. Ce flash d’adoration anachronique, au milieu de la craie blanche de la rentrée politique, m’a rappelé d’autres accidents du temps : ces fossiles d’oursin en silex qui crèvent parfois, eux-aussi, la blancheur de la craie, des fossiles d’oursins flashés, comme le Macron de mai, à l’instant le plus périlleux de leur vie. Parfois, le temps les réutilise, les déplie comme des couteaux suisses - ils abritent en creux un réservoir de possibles inentamés, dont la grande marche de la Préhistoire à l'Histoire constitue l’exemple le plus notable. D’autres fois, le plus souvent, ils perdent leurs aspérités et se transforment en galets, puis en sable. Le sourire immobile du Macron de mai faisait comme un trou dans le temps. Il nous regardait depuis l’autre côté de l’état de grâce — du bon côté — mais tout était mort autour de lui : les journalistes qui avaient écrit ces articles enthousiastes, nous-même, peut-être, qui les avions lu. Il était l’empereur d’une armée de terre cuite. Une armée de soldats aux sourires figés. Moins figés, peut-être, que le regard de Fillon sur la Une de L’Express voisin : « La droite peut-elle encore gagner ? »

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