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Jean-Pierre Darroussin (Duflot) dans "Le Bureau des légendes"

Le Bureau des légendes

3 min
À retrouver dans l'émission

Le Bureau des légendes n'est pas une série d'espionnage, mais une série sur la bureaucratie.

Jean-Pierre Darroussin (Duflot) dans "Le Bureau des légendes"
Jean-Pierre Darroussin (Duflot) dans "Le Bureau des légendes" Crédits : Xavier Lahache/Canal+

Aucun doute n'est plus permis, à la fin de la saison 3 : Le Bureau des légendes, l’une des meilleurs séries françaises qu’on ait vu, est moins une série d'espionnage qu'une série sur la bureaucratie.

Tiens, justement : il y a bureau dans le titre. La saison 1 mettait en place l'univers. On est à la DGSE, dans le service qui gère les agents infiltrés. C'est très précis, et c'est passionnant. On apprend les routines du métier, la mise en place des sas, la formation des agents clandestins, l’écriture de leurs légendes. Je ne sais plus qui disait que dans toute l'histoire de l'espionnage il n’y avait eu, en tout et pour tout, que deux secrets : le lieu du débarquement et la fabrication de la bombe atomique.

Tout le reste serait une sorte de vêtement d’apparat des Etats modernes. En gros si votre ennemi vous surprend à ne pas l'espionner, ça ne fait pas très sérieux. C’est comme de ne pas avoir de porte-avion. Peu importe si on s’en sert ou pas, c’est une question de standing international. Il en va donc de la dignité de la France d'avoir des agents infiltrés partout autour du monde. Le gag, c'est ce que montre incidemment Le Bureau des légendes, c'est que ça ne sert à peu près à rien. Parce que comme dans toute administration qui se respecte, il y a une contre-productivité délirante. Le coût du système, c’est pratiquement tout le système. C’est le sens du système.

L'espionnage comme gigantesque potlatch

Au Bureau des légendes, ce phénomène atteint des records. Sans rien dévoiler de l'intrigue, je peux juste dire que la quasi-totalité des missions entreprises, dans les trois saisons, sont des missions de sauvetage des agents précédemment infiltrés. Il apparaît ainsi progressivement que la principale légende du Bureau des légendes, c'est lui-même. Ca fait de la série une très belle réflexion sur l’impuissance possible des Etats dans un contexte mondialisé. Ou sur l’espionnage comme gigantesque potlatch, cette cérémonie qui conduit deux protagonistes à sacrifier des quantités astronomiques de choses presque pour rien, pour la beauté du rituel.

On passe aussi pas mal de temps en Iran et en Syrie, et ça m'a évoqué autre chose. Les mollahs apparaissent comme des bureaucrates fatigués, 40 ans après la révolution, et on perçoit quelque chose d'un peu usé dans leur rhétorique. En gros ils sont tombés dans le piège technocratique des Etats modernes. On sent que la pureté de l'islam chiite les intéresse moins que la bombe atomique. Ça a peut-être d’ailleurs toujours été le cas. Le calcul politique initial, qui a consisté à réintroduire un argument religieux dans le débat politique, a dû leur donner, d’un seul coup, une force de conviction incroyable. Ça devait pétrifier leurs adversaires. Pensez que la principale innovation politique, en France, à la même époque, c’est l’introduction du marketing politique et des sondages qualitatifs, qui ont permis à ceux qui les utilisaient, d’obtenir des avantages tactiques décisifs sur leur concurrents.

L'Iran, ubérisé par Daesh

Et si le djihadisme était le sondage qualitatif du pauvre ? Car l’autre chose que raconte Le Bureau des Légendes, c’est la manière dont cette théocratie vieillissante, l’Iran - le jésuitisme n’y donne aujourd’hui plus naissance qu’à de petits tartuffes - est en train de se faire ubériser par Daesh. C’est horrible, mais elle est peut-être là, la véritable start-up nation. Dans cette organisation qui utilise le crime, l’absurdité atroce du crime, comme une machine à détruire les bureaucraties adverses — qu’elles soient islamistes ou laïques, d’ailleurs.

A cette idée, on se met étrangement à chérir les intrigues de bureau à la DGSE et l’inertie passionnante, presque débonnaire, de l’administration française. Le Bureau des légendes accomplit en fait une sorte de miracle : c’est bien une série sur la bureaucratie, mais qui regarde son objet, habituellement ridiculisé ou honni, avec respect et empathie.

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